Il s’agit de Don Nino et Sylvain Chauveau aux Instants Chavirés de Montreuil le 25 avril 2003. Ils ont publié respectivement (et entre autres) « real seasons make reasons » et « le livre noir du capitalisme », sont tous deux tournés vers l’exploration de nouveaux sons, de nouveaux repères. Ce soir ils jouent ensemble sans doute pour la première fois.
Plus ou moins cent personnes et une salle hautement sérieuse. Une scène de 15 ou 20 m² peut-être, mais haute de plafond, ça c’est important. Les deux claviers sont face à face ; et autour d’eux une petite ribambelle d’instruments ou d’objets, de musique ou détournés.
Le séquenceur est systématique. Il permet de placer un contexte fou grâce au bouclage de sons inédits ; et pourquoi pas le craquement aléatoire du jack comme toile de fond sonore? Pourquoi pas un archer ou une baguette de grosse caisse qui démultiplient les possibilités de la guitare? Je me souviens de certaines fréquences de larsens qui étaient des sensations les plus douces, et je me souviens d’atmosphères lancinantes et inconnues que seule l’avant-garde me permet d’approcher.
La surprise est au rendez-vous car Sylvain Chauveau, l’instrumentiste, et Nicolas Laureau (Don Nino) également instrumentiste mais néanmoins chanteur, produisent un travail complètement neuf et, qui plus est, réellement commun. On découvre même la possibilité pour Sylvain Chauveau de nous livrer une balade terriblement poignante, interprétée avec ses cordes vocales bien à lui, si rares et si sensibles.
Interlude-
Le temps de découvrir l’annonce bénite d’un concert de Godspeed You Black Emperor! au Cabaret Sauvage les 12 et 13 mai prochains, le temps de ne surtout pas réfléchir à sa propre disponibilité, le temps de courir chercher quelque argent et d’obtenir le sésame précieux, débute le second set.
A une époque, on constatait qu’une chanson rock pouvait toujours être détournée vers un autre style. Et parfois même pour le meilleur. Mais si ! Un jazzy bien senti, ou un funk, quelque chose d’ambiant, une extrapolation libre, un reggae ou une polka, effectivement tout est possible.
En volant une version originale, on peut s’en approprier au choix l’harmonie, la finesse des paroles, la brutalité et la sensibilité, la légèreté, ou la couleur d’une époque que sais-je, et s’en servir ainsi comme une matière première à haute valeur ajoutée. Pourtant Don Nino & Sylvain Chauveau nous offrent des morceaux déjà garnis avec goût et originalité, alors pourquoi jouent-ils au jeu de la reprise?
Ce soir en effet on avait le loisir de reconnaître les paroles et musiques de morceaux toujours divers et souvent célèbres, célèbres pour leurs dimensions sincère et harmonique (russians), sentimentalement chargée (purple rain), d’une extrême intensité (runaway), dérapée (rape me), ou particulièrement angoissante (set the controls for the heart of the sun). Toutes les fioritures de ces pièces plutôt fameuses étant complètement mises à la porte, c’est à chaque fois la quintessence seule du morceau originel qui est conservée, la substantifique moelle, la sève, la vie, en un mot le truc qui le fait, et non le cliché délavé. Ainsi les ré-interprétations se sont détachées immédiatement de leurs origines, investies par l’univers latent de cette soirée tout à fait éberluante. Après avoir lâché une phrase comme celle-ci je peux bien conclure proprement.
Avoir exploré des directions fascinantes, et espérer y replonger.

par Guillaume

Les très belles photos de la soirée (prises par Laurent Orseau), disponibles dès le lendemain du concert du 25, bravo et merci à lui pour ce service rapide !
http://lorseau.hinah.com/gallery.php?c=pzic&s=concert&g=dnsc

Chroniqueur
  • Publication 152 vues3 avril 2003
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