L’un des avantages d’être chroniqueur est, entre autres, de pouvoir assister à certains concerts que l’on n’aurait pas forcément suivis sans y être invité. C’est le cas de Sébastien Martel, Sebmartel pour les intimes, dont le double album "Coitry", sortie à la rentrée chez Because, était certes sympathique mais n’avait pas suscité un enthousiasme délirant au sein de notre rédaction. 

Il y a pourtant foule ce soir là devant la Cigale. La queue s’allonge, on a du mal à rentrer à cause d’un service d’ordre un peu trop zélé et foncièrement antipathique. Surprise à l’intérieur : des ouvreurs d’une soixantaine d’années, costard blanc, chapeau noir et lampe torche, ambiance Chicago en Calabre, nous orientent vers des zones délimitées au sol par de l’adhésif blanc dans lesquelles des comédiens, danseurs font de micro-performances répétées sans fin. Une mariée (un homme) jouant avec des bâtonnets d’étincelles, un rocker en costume de velours vert digne d’une BD de Margerin, une prostituée sous néons à faire rougir Amsterdam ou Hambourg… Des boucles, bout de vies, sur fond de bourdonnement sonores, et puis au bout d’un long moment, une rythmique trip-hop détracte cette machine bien huilée. Le rocker comme un disque rayé, refait certains de ses gestes, rate ses pas, chute. La mariée devient folle, la prostituée fait de la barre dans la salle. Le morceau se termine… le noir… applaudissements.

Seb Martel fait son entrée sur scène… Enfin, sur ce qui est délimité au centre de la Cigale par une guirlande lumineuse verte et où sont concentrés les instruments, au beau milieu du public qui s’est assis par terre. Seul, un micro suspendu au plafond, et le concert commence. Les musiciens font progressivement leur entrée, bassiste, clarinettiste, batteur, trompettiste, un lapsteel… la mariée, aux percussions, a retiré son voile mais pas sa robe, et enfilé une veste et qui n’est pas sans évoquer Jack Lemmon dans "Certains l’aiment chaud"… L’univers de Martel, guitariste de M, est un mélange entre chanson, parfois pop, d’ambiances américaines entre country, americana et jazz… Des structures compliquées que cette bande prend plaisir à jouer et à faire partager à ce public, pourtant très parisien, mais qui accroche et manifeste son enthousiasme, allant jusqu’à danser une grosse poignée de secondes, ce dont s’excusera Martel non sans humour… 

Il ne s’agit pas là d’un simple concert, mais d’une orgie artistique. Des danseurs sont sur la "vraie scène", abaissée pour l’occasion, et déambulent parmi les musiciens. Ici une projection vidéo « Aimeriez-vous vivre à la campagne ? Aimeriez-vous vivre à la ville ? », là un comédien belge sur une trottinette qui vient faire la réclame d’un obscur remède, d’une lotion mystère. Et puis quelques invités supplémentaires : Fred Poulet, Spleen pour ses bruits de bouche ainsi qu’une chanson où celui-ci dilapide les rimes en -able puis en –ible. Etait-ce bien nécessaire ? Flop à l’humour décalé. Martel multiplie les intervenants et les interventions jusqu’à une hilarante chorégraphie à trois, Stetson et guitare, mais se perd aussi parfois dans cette multitude d’éléments disparates. 

Les danseurs apportent chacun à leur tour une valise puis traversent l’écran, rideau blanc, pour réapparaître dessus le temps de quelques nouvelles aventures. Les musiciens s’en vont, Seb aussi, ne laissant que le bourdonnement électronique du début du spectacle… S’en suit un tonnerre d’applaudissements, Seb présente un part un les membres de sa troupe, une vingtaine de personne dont son frère (la mariée) et les quatre mafiosi, tous issus du clan Martel. Et puis, un peu en avance, et pas avare de son temps, on repart pour quelques chansons. Au bout de quasiment deux heures, la mine enjouée, on comprend pourquoi ce "Motel Martel" (ndlr : nom du spectacle) peut encore longtemps afficher complet !

remerciement à Elise Akopcan pour ses photos…

Chroniqueur
  • Publication 114 vues4 décembre 2006
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