Un samedi soir semblable à beaucoup d’autres dans Paris. Un mois de janvier étonnamment doux et le quartier Bastille qui, comme toutes les nuits, s’anime qu’importe le temps, qu’importe la saison. A deux-trois rues de la place au génie, une petite salle se cache dans des studios de répétition. L’endroit est convivial, la bière pas chère (à ne pas négliger !) et il y règne un esprit qu’on retrouve sans doute plus facilement lorsqu’on s’éloigne un peu de la capitale. Grâce peut-être au public venu ce soir en nombre pour une soirée post-rock : amis fidèles et amateurs explorateurs, prêts à se laisser surprendre et se faire envoûter sans demander leur reste.

Premier à se jeter à l’eau, Vegg, quatuor à l’origine d’un premier EP virtuel (disponible sur leur site) plutôt intéressant quelque part entre Isis, Mogwai, Slint… L’énergie est au rendez-vous, les structures sont alambiquées, les mélodies dissonantes et même si l’appellation ‘rock indé’ est revendiquée, comme les influences précédemment énoncées, le jeu sur les atmosphères et les intensités n’est jamais bien loin d’un rock instrumental savamment dosé. Le chant nonchalant s’écoule et s’écorche parfois rappelant les riches heures de Playdoh ou Purr, une autre génération… Un groupe dont il faudra désormais surveiller les aventures.

L’un des gros inconvénients de ce type de salles est peut-être la qualité même du son qui dépend souvent d’un matériel de piètre qualité ou d’un ingénieur qui se fait la main… Si certains peuvent s’en sortir par leur fougue, d’autres en font sans aucun doute les frais. Ce sera malheureusement le cas ce soir de Kwoon, groupe pourtant au combien talentueux (lire la chronique) qui mériterait d’être suivi par un technicien digne de ce nom. Si un stress palpable est bien légitime pour l’une de ses premières prestations scéniques – Kwoon n’est en effet groupe que depuis peu de temps – alors que l’album est riche et subtil, le fait de ne pas distinguer les instruments ou de mettre trop en avant cet horrible clavier fait perdre au public l’essentiel de la sensibilité de ce sextet. Il restera pourtant le plus fort potentiel de la soirée, grâce aux excellents I Lived on the Moon et Blue Melody qui plairont sans aucun doute aux amateurs de Sigur Rós et Syd Matters… Tout espoir n’est donc pas mort.

Mais la bonne surprise est venue d’un autre collectif parisien : All Angels Gone. En effet, cet octet (vidéaste compris) qui fait, parfois un peu trop, les yeux doux à Godspeed You! Black Emperor et Silver Mt. Zion séduit indéniablement par son univers cinématographique à fleur de peau. La voix masculine caresse notre mélancolie dans le sens du poil soutenue par un ensemble rock à deux violoncelles, qui s’appliquent à développer de belles montées en puissance. Si le lyrisme de la voix féminine donne un côté gothique qui pourra déconcerter certains, il n’en demeure pas moins que All Angels Gone est un projet des plus excitants. La fin a capella grise définitivement le public qui en échange offrira à ces musiciens des applaudissements enthousiastes. Tout juste de quoi tenir avant une prochaine que l’on souhaite pas trop lointaine !

Chroniqueur
  • Publication 123 vues13 janvier 2007
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