On a aussi écouté Bertrand Betsch – Tout Doux

Il y a dans ce titre, “Tout Doux”, quelque chose de paradoxale. On pourrait s’arrêter au sens littéral. Y voir ainsi la seule douceur. Celle qui est censée irradier le nouveau disque de Bertrand Betsch. On peut également y saisir une sorte de message plus ambivalent. Plus profond. Y a t-il encore de la place pour des artistes humbles et infiniment travailleurs, c’est-à-dire persévérants ? Ce qui est, soit dit en passant, la base de toute volonté créative. On se consume pour un art, pour et par ce qu’il est. Certainement pas pour grimper sur un quelconque podium. L’aura, la notoriété, voire la célébrité – la maladie moderne –  ne sont que des gratifications, aussi aléatoires que souvent largement injustifiées.

Avec “Tout Doux”, Bertrand Betsch prend son monde à revers. Il parsème le disque de chansons composées il y a longtemps, comme pour se jouer du temps et des analyses. Il fixe de cette manière son univers dans une démarche parfaitement cohérente, et démontre à quel point sa vision et sa musique sont l’affaire d’une vie. On peut trouver le disque difficile d’accès, il n’est que profondément sincère. Ce qui aujourd’hui est effectivement étrange et sans doute dangereux à bien des égards. La douceur, sous cet angle, est devenue infiniment plus subversive que bien des violences factices ou complaisantes.

“Tout Doux” est un album qui poursuit admirablement l’oeuvre exploratrice, et parfois avant-gardiste, de Bertrand Betsch.

Une collection de chansons que l’on adopte, après les avoir apprivoisées. Après avoir saisi toutes leurs aspérités et avoir compris leur beauté, précieuse et acide. Plongé dans ces mélodies minimalistes ou effondrées et ces  paroles beaucoup plus inquiétantes qu’il n’y paraît.

Cette douceur-là consacre au fond une sacré force et une lucidité fulgurante.

 

Yan
Chroniqueur
Bertrand Betsch - Tout Doux