On a aussi écouté Centredumonde – TIGRE, avec états d’âme

Joseph Bertrand est Centredumonde. Et Centredumonde un étrange et fascinant musicien. Auteur d’un répertoire totalement singulier, où se côtoient langue française et pure musique anglo-saxonne. Sans que l’un ne cède quoi que ce soit à l’autre.

Les textes de Centredumonde déroulent une vision que l’on pourrait qualifier de pessimiste ou de nihiliste. Ils le sont à bien des égards. Mais entre les lignes, on distingue non de la lumière, mais une réflexion profonde, teintée d’un humour féroce. Ces mots se posent comme autant de vérités acides sur des compositions racées, sophistiquées, sacrément addictives.

Ecoute après écoute, la rage intérieure et la force noire de ce « Tigre » apparaissent et l’évidence s’impose. Centredumonde est un songwriter exceptionnel. Façonnant des chansons paradoxales, mordant dans la new-wave, l’électro, le rock indé, la dark-folk, le compositeur érige de petits chef-d’œuvre de noirceur et de lucidité.

« Tigre, avec états d’âme » s’inscrit ainsi dans le parcours d’un auteur-compositeur-interprète, dont la cohérence et la pertinence commence à faire œuvre. Un univers d’autant plus précieux qu’il ne dissimule rien des failles et des doutes de son auteur.

La froideur des compositions, cheminant à la lisière des cathédrales gothiques de Cure – sans jamais y pénétrer vraiment -, souligne la difficulté d’être. La sourde et puissante énergie qui traverse les morceaux éclaire pourtant le désir de vivre. Malgré, aussi et surtout, le dégoût ou la déception de soi. Cette poésie noir de jais se mesure ainsi à l’inhumanité que l’on porte tous. Il est si compliqué de demeurer sensible.

La musique, loin d’être ce bouclier d’invincibilité derrière lequel se cache tant d’artistes, accompagne parfaitement, et rigoureusement, les tourments d’un Centredumonde de plus en plus indispensable.

 

Yan
Chroniqueur
Centredumonde - TIGRE, avec états d'âme