On a aussi écouté Fred Griot – Enfin Tu Regardes L’herbe

Avec Fred Griot la langue est en équilibre instable mais ne tombe jamais. Poète et interprète explorant les possibilités offertes par tous les supports, là où les mots vivent et battent la mesure et rencontrent inlassablement lecteurs et auditeurs.

Avec « Enfin tu regardes l’herbe », c’est la dimension musicale de l’univers de Fred Griot qui surgit. Aux côtés du guitariste Dani Bouillard et du batteur Eric Groleau, le poète propulse ses textes dans un univers aux confins du jazz, d’un slowcore singulier qui s’enflamme parfois, souvent, au rythme des mots, et de leur chant-diction.

Le disque apparaît comme la partie immergée d’un iceberg lexical, qui rassemblera, dans un livre à venir, plus de 200 textes-chants. L’album s’écoute, lui, à cœur ouvert. On est emporté par le flot, le flux de la poésie, disant la mort, la rage de vivre, l’absence. Où l’on suit les errances nocturnes et alcoolisées, les promenades électriques aux airs de réflexions superbement écrites, toujours acérées.

Fred Griot érige des scènes poétiques plongées dans un quotidien minimal, profondément intime, qu’un rien parvient à faire vibrer. Comme si Raymond Carver avait lâché sa bouteille pour se plonger dans la contemplation. Il y a dans ces mots, et ces notes, tant d’instants arrachés à l’invisible, transformés en pure poésie, brute et crue. Tant de sentiments douloureux transcendés par l’énergie vitale. Cette énergie vitale que les mots portent, dans toute leur complexité humaine, leur simplicité formelle.

« Enfin tu regardes l’herbe » est bien plus qu’un disque. Traversé par le deuil, la solitude, la fulgurance aussi de la vie, il bouleverse totalement, remue, ne console jamais.

Seulement, il pointe, comme seule la poésie peut le faire, cet endroit où l’homme se tient. Tout près du vide. Si conscient, alors, du précipice qu’il vit plus intensément.

 

 

 

 

Yan
Chroniqueur
Fred Griot - Enfin Tu Regardes L'herbe