On a aussi écouté La Pieta – Chapitres 5 & 6

On ne pourra en aucun cas arguer que nous n’avons pas été prévenus : chez La Pieta, tout est dans le pseudo, sauf que, contrairement à la statue de Michel-Ange, elle ne s’offre pas aux regards dans son expression figée pour l’éternité, mais assène au contraire des vérités directes, pas forcément agréables à entendre, avec une énergie et une diction qui empruntent à la fois au slam et au punk le plus primaire, sur des rythmes minimalistes ou pas, électro ou pas, qui ne s’interdisent pas d’être étonnement entraînants parfois, comme pour mieux asseoir son caractère insaisissable, musicalement parlant, et n’afficher comme seul étendard que la franchise totale et sans fard de ses textes coup de poing.

Sur ce nouveau EP, il y a en plein milieu un titre, La Fille La Moins Féministe de La Terre, qui synthétise mille fois mieux tout ce qu’on pourra dire sur La Pieta et sa démarche. Un titre déclamé avec un aplomb admirable, manifeste à la fois d’un besoin de liberté et de libération, sans brides ni carcans, que nombre de filles ne manqueront pas de s’approprier ou dans lequel elles se reconnaîtront, tandis que les garçons en prendront pour leur grade tout en ayant envie, si du moins ils ont un minimum de sensibilité, de prendre La Pieta dans leurs bras. Autant dire un titre rare, de ceux qui redonnent foi en la langue française, jamais aussi heureuse que quand elle est rudoyée avec autant de talent et d’à propos.

Autour de cette pièce majeure, La Pieta offre deux titres faussement légers en tressant une base bossa-nova sur Defoncer Le Coeur pour mieux asséner des paroles crues mais à la sincérité bouleversante pour évoquer le manque de sentiments qui mène une relation à l’impasse, puis un rythme electro-pop qui lorgne vers les années 80 sur On S’En Fout, autre morceau qui mettra une belle claque en pleine figure de tous ceux qui s’épanchent un peu trop sur les réseaux sociaux au détriment de la vie réelle.

Et puis, sur le reste du EP, il y a la rage de vivre et la résilience qui irriguent Maintenant Ou Jamais, l’expression du doute insaisissable qui laisse filtrer la fragilité sur une magnifique structure en crescendo du chant sur un accord de piano affolé sur La Salle D’Attente et un final doux amer extrêmement touchant avec Manger Ta Douleur et son simple accord de guitare. Dans ces “Chapitres 5 & 6”, il y a à la fois une véritable ambition musicale, une force du verbe et du caractère qui n’a pas peur d’aller de pair avec l’expression d’une extrême fragilité. Et ça, c’est magnifique.

Rédacteur en chef
La Pieta - Chapitres 5 & 6