On a aussi écouté Le Groupe Obscur – Selesca

Après Picedelula, single annonciateur fin 2018 d’un premier EP à venir, revoici les Rennais du Groupe Obscur avec “Selesca” (salutations en obscurien, le langage qu’ils ont créé pour s’exprimer en partie) avec les 6 titres dudit EP. Picedelula, en plus de l’utilisation de ce langage inventé, ce qui n’est en soi pas si courant, avait en outre attiré l’attention par sa capacité à convoquer l’esprit des Cocteau Twins à coups de vocaux célestes, d’une mélodie élégiaque et d’arrangements à la fois gothiques et planants. Bref, Le Groupe Obscur avait posé quelques jalons propres à provoquer quelques émois chez ceux qui écoutent de la pop indé depuis vingt-cinq ans ou plus. Alors, allaient-ils confirmer ces aptitudes, sinon sur la longueur, du moins sur un format plus “fourni” et ne risquaient-ils pas de se voir estampillés “groupe pour nostalgiques” du milieu indé ?

A la première question, on répondra par l’affirmative : oui, Le Groupe Obscur est à son aise pour tresser des morceaux aux dynamiques qui ondulent entre gothique et psyché, avec une basse parfois sentencieuse et lourde totalement en contraste avec une voix toujours virevoltante, qui semble évoluer en lévitation et ne jamais connaître le repos. Et ça fonctionne aussi bien sur un format bref et concis de 03:30 que sur un morceau comme Planète Ténèbres, qui est donc lui interprété en français, et flirte sans difficultés avec les 6 minutes.

A la seconde question, on répondra que, si les influences très typées du groupe sautent rapidement aux oreilles, leurs morceaux ont suffisamment de personnalité et de qualité pour n’exister que par eux-mêmes. Certes, on ne peut nier qu’il y a une dimension vintage dans leur son et leur approche mais, petit à petit, ce qui s’impose, c’est le climat envoûtant de leur musique, notamment sur Apnea ou Calacetelaea, qui bousculent l’auditeur en assumant de faire cohabiter des éléments a priori contradictoires, créant tout à la fois un sentiment de familiarité et d’instabilité. Ce que d’autres ont appelé l’inquiétante étrangeté, peut-être. Un concept finalement bien de notre époque.

Rédacteur en chef