On a aussi écouté le premier EP des EggS

Quand j’ai découvert les EggS sur scène lors d’une soirée indie pop dans l’Est parisien, j’ai eu l’impression d’être retombé à Bristol à la fin des années 80 et qu’à côté de moi, les gens dansaient. Effectivement, les quatre musiciens utilisent les instruments habituels de la scène alternative anglo-saxonne mais il y a bien plus qu’un hommage dans les lignes de basse de Manolo Satierf. Vendredi 14 décembre, leur premier EP “EggS” (en écoute ci-dessous) sort en collaboration avec les labels Howlin’ Banana Records et Hellzapoppin’ Rds. D’ailleurs, je vous donne rendez-vous dans un petit bar de la Goutte d’Or pour la release party le jour-même ! (c’est dans deux jours, ndr)

Le mois dernier, suite à un concert du groupe, j’ai discuté avec le leader du groupe, Charles, à propos de l’esprit DIY et de la fraternité qui existe dans ce milieu.

1) Salut Charles, peux-tu expliquer comment s’est formé le groupe ?

EggS s‘est formé fin 2017 quand Grégoire, le batteur et moi étions en répétition. J’avais deux morceaux qui traînaient et on a créé « I fell in love […] I exist », notre premier single. J’avais vu Manolo jouer dans Deaf Parade et je kiffais les compos qu’il faisait à la basse, du coup, je lui ai demandé s’il était partant. Je sais que ce mec est un peu un mercenaire, dès qu’il y’a moyen de jouer, il ne dit jamais non. Pour Léo ça a été aussi simple, Greg m’a dit que le mec qui bossait au Supersonic faisait du clavier donc il lui a envoyé nos démos enregistrées sur téléphone. Ça lui a plu, et d’un coup le groupe existait. Je peux dire que tous les quatre, on s’est bien trouvé et que c’est vraiment génial de faire de la musique avec ces trois gars.

2) Justement, vous composez chacun de votre côté ou en studio directement ? Comment s’est passé l’enregistrement de votre EP avec Guillaume Siracusa du label Gravity records ?

Les compos, tout ça, on va dire que c’est notre cuisine interne, mais en gros c’est un travail de groupe. Pour l’enregistrement,  on voulait une vrai identité dans le son. Et on arrêtait pas de dire à Guillaume qu’on voulait que ça sonne comme les Televisions Personalities, enregistré live au fond de la salle. Mais en même temps, on recherchait un son de guitare des 90s comme les Guided by Voices. Tout ça a été parfois très contradictoire. Sauf dans l’idée directrice en gros, lo-fi et analogique. Il fallait que ça sonne à la prise avec très peu de travail de mix. Du coup, ça a donné ça, un truc très Flying Nun (label néo-zélandais mythique) dans le son.  En tout cas c’est ce que nous ont dit nos potes et on était content du coup.

3) Quelle est la spécificité du groupe, personnellement, je dirais le son particulier des guitares selon les chansons ?

Je suis hyper content que tu dises ça, parce que à titre personnel c’est ce qui importait le plus pour moi. Pas seulement car c‘est moi qui fais la guitare mais parce que les groupes qui nous influencent ont attaché beaucoup d‘importance à un tel son pour leurs guitares. Greg, Manolo et Léo rigolaient de moi pendant l‘enregistrement parce que j’étais toujours à dire qu’on pouvait laisser passer certains éléments mais que les guitares devaient être plus fortes, plus dynamiques, etc. A la fin, ils me disaient qu’on pouvait enlever les autres trucs aussi. Je dois dire que Guillaume a été vraiment génial,  prêt a tester plein de trucs. D’ailleurs, ce qui est assez cool avec lui, c’est que le temps que d’autres prennent pour placer des micros et les batteries, lui, il déploie cette même énergie sur les guitares. Il avait pigé que pour nous c’était hyper important du coup on s’est mis à faire des prises avec trois amps gratte au même moment en mode Kevin Shields.

4) Vous avez déjà fait la première partie des Goon Sax et quelques concerts dans des petits lieux en France, vous entretenez quel rapport avec la scène ?

La scène c’est clair que c’est important pour nous, quand ça ce passe bien. J‘adore voir mes potes avec le sourire sur scène, voir les gens danser, sentir qu’il y’a un truc qui se passe. Et quand des personnes que tu ne connais pas viennent à tes concerts et te disent que c’était cool et qu’ils semblent avoir pigé exactement ce que tu voulais faire. Après quand le concert est moyen, je mets un mois à m’en remettre en mode calimero avec l’envie de tout arrêter.

5) Je t’ai connu dans Joujou Jaguar il y a quelques années, aussi peux-tu expliquer comment se passe l’évolution d’un musicien dans le circuit indépendant en France actuellement ?

Clairement, c‘est le marathon, il faut garder le cap et savoir pourquoi tu joues. Y a pas longtemps, je parlais avec un pote et il me disait que ça faisait dix ans qu‘il était dans ce circuitun groupe, un enregistrement et la sortie du disque mais que ça ne touchait pas grand monde. Tout ça est un truc assez égoïste en réalité, c’est clair qu‘en ce qui concerne les joujou jaguar ou les EggS, je pense que à part une cinquantaine de potes et quelques mecs qui vont taper le tag indie ou jangle pop dans bandcamp, tout le monde passera à côté et ce n’est pas si grave. En gros, notre rapport à tous les quatre, et même si je parle un peu pour les autres, c’est de se dire que ce que tu es en train de créer est pertinent et qu’il ne rougirait pas trop s’il passait sur une platine à côté de nos idoles pré-citées, du moins déjà pour nous. Tant que j’aurais ce truc là et le besoin de le faire je crois que je continuerais.

Chroniqueur
le premier EP des EggS