On a aussi écouté Mathieu Bec – Pompei

Notre époque est angoissante et fascinante. Chacun sent bien qu’un monde disparaît. Dans la stupeur et la douleur. Et qu’il emporte avec lui tant d’habitudes et de choses que l’on croyait intangibles. La musique, comme n’importe quel art, peut être la résonance de cet effondrement.

Il est temps probablement de changer notre regard sur la pop, le rock indé. Et d’accueillir des démarches contemporaines comme autant de pistes non pas marginales, mais comme des chemins à suivre pour (se) renouveler.

Il y a ainsi deux manières d’écouter “Pompei”. On peut d’abord plonger dans un monde disparu, saisissant, qui nous est parvenu comme un avertissement. La musique expérimentale de Mathieu Bec en restitue la fin dramatique, puis son existence figée et fantomatique. Chaque pièce musicale est une immersion dans ce décor beau et effrayant. Et puis on peut s’aventurer dans cette musique abstraite comme dans une promesse d’avenir. Y trouver les raisons de croire encore à l’apparition d’un son totalement nouveau.

Mathieu Bec forge une musique improvisée et noise qui s’apparente au free-jazz bien sûr, mais que l’on a envie de définir plus largement. Musique percussive et éminemment subversive – elle percute de plein fouet les normes établies et nos perceptions – elle contient ces ferments capables de contaminer les genres que l’on aime tant mais qui souvent s’essoufflent ou tournent en rond.

Il faut chérir la musique pulsée, vivante – donc dérangeante – les sons martelés, sculptés de Mathieu Bec. Une musique qui semble connectée à l’essence même du rythme. Furieusement primitive et terriblement moderne.

 

Yan
Chroniqueur
Mathieu Bec - Pompei