On a aussi écouté Maud Octallinn – Sainte Saucisse

Le deuxième disque de Maud Octallinn a tout de l’album concept. A cette idée, on imagine forcément un album expérimental, un album déroulant un univers cérébral. Ce n’est pas exactement le cas de « Sainte Saucisse ». Encore que. En s’appuyant sur un fil rouge, on aura compris qu’il s’agit de l’aliment chéri, la compositrice et chanteuse explose les frontières attendues de la pop-musique. Elle parvient, mine de rien, à construire un disque intemporel.

Elle convoque un folk américain, que ne renierait pas Marissa Nadler, place un titre tubesque, enchaîne sur des chansons aussi étranges que drôles, des ritournelles déroutantes mais brillantes, avant d’oser un jazz effondré et hilarant. Puis de reprendre ensuite sa route, tranquillement, vers un pur joyau de chanson française qu’elle ne peut s’empêcher de faire dérailler. Et d’offrir alors un sublime titre nocturne, presque inquiétant, digne de Raymond Carver. Pour finir, elle entonne l’une des scies musicales d’ici les plus triviales. Le pire c’est qu’elle en devient quasiment fréquentable.

Il faut se plonger dans les paroles de Maud Octallinn, érigeant tout un monde absurde, totalement décalé, qui se joue de l’intimité comme de nos snobismes. Il faut s’émerveiller de sa voix unique, mutine et aiguë, capable de tout chanter, et profiter de ses mélodies douces-amères, composées et jouées au cordeau.

Et il ne faut surtout pas se tromper sur le caractère humoristique du disque. Avec « Sainte Saucisse », Maud Octallinn s’achète aussi une liberté artistique totale. Si elle ne cède rien aux séductions de la pop, c’est pour se tailler un espace personnel à l’abri des modes. Toutes ces gratifications bien trop éphémères ne sont sûrement pas faites pour l’imaginaire et le talent hors-norme d’une chanteuse qui n’a d’égale aujourd’hui que la folie – apparente – de Brigitte Fontaine.

 

 

Yan
Chroniqueur
Maud Octallinn - Sainte Saucisse