On a aussi écouté Mumford & Sons – Wilder Mind

« Wilder Mind », le troisième album de Mumford & Sons, marque une évolution aussi importante qu’inattendue. Le groupe britannique s’éloigne avec détermination de ses racines en délaissant son approche très folk et ses instruments acoustiques pour se lancer dans un rock électrique, fiévreux et lyrique, taillé pour les stades. En ligne de mire, on pourra trouver aussi bien The National que U2 ou Coldplay. Si les raisons de ce choix demeurent inconnues, on ne peut sur le principe que saluer une telle prise de risque.

Le résultat ne séduit pas tout le monde : en se rapprochant d’un style mainstream classique, Marcus Mumford et ses acolytes perdent en personnalité et tendent le flanc aux coups bien rudes de critiques allergiques à ces refrains emphatiques, à ces poussées de fièvre formatées. Pour tout dire, Aaron Dessner de The National ayant pris en charge une partie de la production du disque, on se serait attendu à ce que Mumford & Sons arrive à se rapprocher de l’équilibre miraculeux travaillé par les New-Yorkais, qui parviennent à concilier souffle, intensité et lyrisme sans pour autant donner l’impression de sacrifier en exigence dans la composition et la finesse des arrangements. Sans la voix, la personnalité de Matt Berninger et avec une virtuosité instrumentale bien moindre – ce qui, convenons-en, a une certaine influence sur l’ensemble – les Anglais de Mumford & Sons restent à quelques bonnes encablures des sommets. On pense bien souvent au Coldplay des débuts avec ces chansons efficaces, certainement pas honteuses mais rarement mémorables. Est-ce une raison pour accabler Mumford & Sons ? Certainement pas : « Wilder Mind » est un bon disque, s’écoute avec plaisir et l’on entend quotidiennement bien pire. Il lui manque juste ce petit supplément d’âme qui fait les grands disques.

Chroniqueur