On a aussi écouté Perio – Black Condensed

Perio occupe une place à part. Formation incarnée, sur la durée, par Eric Deleporte, elle représente pour un certain nombre d’amoureux de “musiques pas comme les autres”, un secret que l’on garde précieusement pour soi. L’époque est à la médiatisation à outrance, à l’exposition presque pathologique.  A côté de ce vortex destructeur, il subsiste des artistes que l’on qualifiera de différents. Tant par leur approche d’une activité musicale, perçue avant tout comme un art, que par l’étendue de leur talent.

En quelques albums, distillés au fil des années, Perio s’est forgé une réputation d’artiste culte. Ce n’est pas “Black Condensed” qui arrangera les choses. Disque stupéfiant, à la beauté crépusculaire, il s’offre peu à peu, écoute après écoute, et se révèle furieusement addictif. Là où l’immense “Great Divide” explorait des sonorités énergiques, magnifiques et étranges, ce nouvel album semble s’enfoncer dans l’obscurité. Il en ressort comme habité par une force inédite. Une force qui transcende la pop-musique, et qui laisse émerveillé – dans le noir -.

Les chansons de Perio ont toujours été singulières, reconnaissables immédiatement, traversées par des éclats de rock indé américain. De éclats reliés entre eux par des mélodies et des harmonies aux frontières du jazz. Il y a du Tortoise chez Perio. Mais sans la dimension parfois trop cérébrale de la géniale formation de Chicago. La vie souffle dans “Black Condensed”, dans toutes ses dimensions, y compris les plus sombres, les plus inquiétantes. Et cette vie soulève les chansons et les  rend terriblement attachantes. On y croise la grâce et la délicatesse, la violence et la colère, l’abattement et la mélancolie, la douceur et la tristesse, la beauté et le chaos.

Yan
Chroniqueur