On a aussi écouté Sauveur Eloheem – The Dead Tape Pt. II

L’album « Chill » de Sauveur Eloheem est sûrement la meilleure porte d’entrée d’un univers hypnotique et malsain, mais toujours passionnant. Il est temps à présent de plonger plus profondément dans le monde que le rappeur parisien érige patiemment depuis des années. Et de remonter, grâce à cette « Dead Tape Pt. II », plus loin dans les méandres d’une musique surpuissante, véritable traumatisme sonore et littéraire.

Compilation de morceaux, très sombres pour la plupart, déjà sortis mais que l’on retrouve ici choisis et rassemblés par Sauveur Eloheem, cette deuxième Dead Tape est d’une parfaite cohérence. Elle confirme la singularité d’un musicien et d’un auteur que l’on imagine en proie aux pires démons intérieurs, habité aussi par une conscience sociale aiguisée comme un couteau. Une hyper-sensibilité martiale et dangereuse que l’on prend en pleine gueule.

Rien ne laisse indifférent. Ni les productions oscillant entre électro, trip-hop ou trap. Ni le flow, porté par une voix d’une gravité – dans tous les sens du terme – confondante. Ni les paroles, incendiaires, d’une vérité et d’une sincérité stupéfiante. Les bombes s’enchaînent, et s’imposent à chaque fois, auréolées d’une violence verbale à côté de laquelle le pire représentant de l’émo-rap US fait pâle figure.

Sauveur Eloheem, qui s’apprête à rentrer en studio pour l’enregistrement d’un prochain album que l’on pressent essentiel, fait ici une sorte de bilan. Sa « langue des morts » qui emprunte autant à « Mallarmé » qu’aux âmes damnées du dark hip-hop, terrifie et fascine. Et si le « chien est sans peau » cela signifie aussi qu’il est incroyablement à vif. Authentique et sensible. Cette Dead Tape ne se termine pas par hasard par « Sortilège », sublime pièce intime, comme si l’on rentrait dans la tête d’un rappeur exceptionnel. On ne le dira jamais assez.

 

Yan
Chroniqueur
Sauveur Eloheem - The Dead Tape Pt. II