On a aussi écouté Front Wave

L’image précise qui nous vient à l’écoute de « Front Wave » est celle d’un brasier. L’impression de rentrer dans un haut-fourneau industriel, d’être happé par ses températures démentes, aveuglé par l’incandescence. Une musique comme du métal en fusion. Un son presque palpable, littéralement sculpté. D’une densité effrayante et fascinante.

Il y a ensuite l’univers textuel de Jean Thooris. Sa frontalité absolue. Sa déclamation unique d’une sécheresse implacable, ses références cinématographiques et littéraires constantes. Pour dire, encore et toujours, ce monde en débris, le temps sauvage et perdu, la raison en fumée. Une entreprise méthodique de destruction des saintes croyances et du progrès. Que reste-t-il alors ? Des braises et des élans vitaux, explorés en leur temps par Genet, Guyotat, Bataille ou Blanchot.

« Front Wave » est, disons-le, un album immense. Un disque qui va bien au-delà de la musique. C’est une oeuvre totale. De la poésie noire et viscérale. Une oeuvre où il est question de survie aussi. En milieu hostile, qu’il soit intime ou sociétal. Summer s’impose au fil des ans comme l’une des formations les plus passionnantes qui soient par ici. Elle porte à bout de bras la part de radicalité et d’authenticité qui demeure à l’écart du « show-business », sans pour autant se perdre dans une dénonciation stérile. La musique et les paroles sont bien au-dessus de ça, et regardent le réel, dans toutes ses nuances, droit dans les yeux. Frontalement.

Yan
Chroniqueur
Front Wave
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment