Autoprod : la sélection de septembre 2010

Et on commence avec The Surgeries, quatuor tourangeau qui squate les scènes françaises depuis plus de quatre ans, et qui sort actuellement son troisième EP, « Dreamsellers ». Cette formation rock (guitare, basse, batterie, synthé) sort l’artillerie lourde tout au long des six titres : ce sont des années de culture FM qui sont ici englouties et régurgitées sous la forme de petits tubes, avec un mot d’ordre : l’efficacité avant tout. Entre synthés fluos et grosses guitares façon Pony Pony Run Run, The Surgeries ont définitivement le sens des gimmicks qui claquent et des refrains musclés, au service d’une pop décomplexée à grands coups de riffs tranchants. On conseillera Target pour son refrain hypnotique, Kids like cars pour son solo de guitare so eighties qui vous rappellera vos slows de jeunesse, et bien sûr l’excellent Peter Pan.

Les quatre parisiens de Wonderflu connaissent leurs influences sur le bout des doigts et ça leur va bien. « Lota Schwager », leur EP de huit titres, respire l’amérique à plein nez, notamment celle des héros déchus de la côte ouest (Nirvana, Eels, Pavement, pour n’en citer que quelques-uns). Avec Wonderflu, le mot « indie » prend tout son sens, comme pour redonner vie aux années 90. D’autant plus que si la forme est là, le fond aussi : tous les titres de cet EP ont été composés avec une véritable intelligence de la construction et un sens de la surprise, amenant l’auditeur tantôt vers des contrées plus folk (Comeback), tantôt vers des envolées pop (Your draw, Calling Raoul), l’ombre du grunge n’étant jamais non plus très loin. On conseillera à titre personnel Realize, qui redonne littéralement vie à l’indie-rock nineties et devrait vous rappeler des bons souvenirs pour toute la journée.

Selectionnés sur Noomiz en juin par nos soins, Niandra Lades méritait largement qu’on l’offre une place un peu moins étroite sur Indiepoprock. Avec son EP de 4 titres, « Triangle square circle animals », ce sextet auvergnat a donné naissance à une pop mélancolique et profonde, où violoncelle et glockenspiel viennent renforcer les instruments « traditionnels » pour les magnifier. Les compositions de Niandra Lades ont toutes quelque chose de grand, de sublime, comme touchées par la grâce : l’influence d’Arcade Fire et leur goût pour la flamboyance n’est jamais très loin. Ca parle directement aux sens, notamment grâce à la voix fragile du chanteur qui touche à tous les coups. On recommandera Yo Yo, véritable petite perle qui ouvre l’EP, et le D. Guetta wrote this song qui se construit tout en montée. Une nouvelle preuve de la vitalité clermontoise… et un groupe sur lequel on se permet de parier sans aucune hésitation.

Le coup de cœur du mois, qui fut également sélectionné dans notre choix des webzines surNoomiz, c’est l’anglais Richard Lewis, exilé en France depuis cinq ans. Formé à la musique classique par le minimaliste Brian Wilshere, puis tour à tour batteur de jazz, guitariste folk et compositeur de bandes originales, le bonhomme a su synthétiser à la perfection ses influences et ses expériences. Son nouvel album « Untitled » est une petite merveille pleine de trésors cachés, où il convoque envolées de piano contemporain, arpège de guitare folk, mais aussi orgue, accordéon ou banjo. Chez ce musicien de haut niveau, le talent et l’assise technique ne sont plus à prouver : une sorte d’ovni dans un monde d’autoproduits où la tendance garage est la norme. Richard Lewis, après toutes ces années de travail, a trouvé la recette magique d’une pop complexe et extrêmement riche, qu’on ne se lasse pas d’écouter. Difficile de mettre un titre en avant plus qu’un autre, tant ces 11 titres sont autant de réussites, chacun étant marqué par la patte de musiciens différents – une dizaine d’invités sur l’albumqui apportent leur touche de violon, de cor, de theremin, de bugle ou encore de violoncelle. Mélomanes et mélancoliques, ce disque pourrait très vite devenir votre nouvel album de chevet

Chroniqueur