Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything


Un album de sorti en chez .

9

Godspeed est revenu aux affaires, Silver Mount Zion continue sa route...

Au début des années 2000, quand Godspeed You! Black Emperor défrayait la chronique et que Silver Mount Zion (SMZ) éditait ses premiers albums, il était de bon ton de voir les deux formations comme deux visages de la même entité. Et puis, Godspeed s’est mis en sommeil, SMZ a continué à sortir des albums avec la même régularité et on a compris que les choses n’étaient pas si simples. SMZ a de plus marqué sa singularité en donnant disque après disque une place plus importante au chant et, enfin, le retour de Godspeed,  sur scène comme dans les bacs, a définitivement démontré, s’il en était encore besoin, que les deux groupes avaient des modes de fonctionnement et d’expression bien distincts.

Silver Mount Zion, depuis 2008, s’est resserré à cinq musiciens et « Kollaps Tradixionales », leur dernier album en date, s’était avéré un peu bancal, tiraillé entre quelques grands morceaux lyriques et épiques, peut-être composés quand ils étaient encore sept, et d’autres plus urgents et abrupts, plus adaptés pour une formation réduite. « Fuck Off, Get Free… » pouvait donc être attendu comme plus homogène, mieux conçu en amont. D’entrée, on obtient en tout cas la confirmation que la troupe cultive plus que jamais l’urgence et serre les rangs. Musicalement, ça donne sur Fuck Off Get Free (For The Island Of Montreal), un morceau dans lequel le groupe paraît tout donner : les guitares grondent et s’entremêlent à un violon affolé, la batterie claque dans tous les sens, tout le monde s’époumone de belle manière. Dit comme ça, ça ressemble à un joyeux bazar, dans les faits, le groupe nous offre un nouveau sommet dans son oeuvre déjà riche. Car dans ce titre, il y a tout : un démarrage presque psyché, un glissement progressif vers plus de tension sans pour autant que le propos devienne particulièrement sombre, un final libéré à couper le souffle. Et comme si ça ne suffisait pas, après ces dix minutes inaugurales de haut vol, SMZ se lance dans les quatorze minutes d’Austerity Blues. Mais il n’y a aucune crainte à avoir, on ne risque pas de regarder sa montre ou de consulter le défilement des minutes sur la platine pour savoir où on en est, car là encore, le morceau commence de manière intrigante, avec la contrebasse de Thierry Amar en proue, avant une montée progressive et un final instrumental qui nous fait doucement redescendre sur la terre ferme.

Mais le groupe en a encore sous le pied et embraye sur le fiévreux Take Away These Early Grave Blues, qui s’articule autour d’une ligne de violon frénétique, un brin orientalisante qui donne le tournis. Après une telle cavalcade, on est évidemment en droit de s’attendre à une respiration. Plus que cela, même, elle s’impose, et ça sent le piège à plein nez. Mais sur « Fuck Off Get Free… », l’inspiration est définitivement au rendez-vous, et Little Ones Run est une délicieuse pièce mélodique au piano, délicate et doucement susurrée par les deux voix féminines du groupe. Et plus encore, cette pièce s’avère un parfait prélude à What We Loved Was Not Enough, long blues épique sur lequel le violon incandescent, la guitare plaintive, la voix brisée d’Efrim et la reprise finale par les deux voix féminines, une fois de plus, ne sont pas loin de nous tirer des larmes. La coupe est pleine et il ne reste plus qu’au groupe à s’effacer doucement sur le bref Rains Thru The Roof At The Grande Ballroom, évanescent à souhait.

« Fuck Off Get Free… » confirme que Silver Mt Zion avait besoin de reprendre ses marques, de se redéfinir en partie pour mieux repartir de l’avant. C’est chose faite, mais on ne s’attendait pas à ce que le groupe retrouve de tels sommets. Mais au coeur des textes de l’album, il y a la paternité découverte récemment par plusieurs membres du groupe. Galvanisée par l’arrivée de cette nouvelle génération, la troupe semble avoir décidé d’ouvrir une nouvelle ère d’un parcours déjà exemplaire. Pas de doute, leurs enfants auront de quoi être fiers.

Rédacteur en chef