Absynthe Minded


Un album de sorti en chez .

La ville de Gand mérite que l’on s’y attarde, non seulement pour son charme séculaire, mais également parce qu’elle a engendré malgré elle un groupe fantastique, Absynthe Minded. Ces cinq musiciens hyper talentueux ont pris leurs racines dans cette ville, mais aussi et surtout dans le jazz, ou disons plutôt le swing acoustique. Le groupe, […]

La ville de Gand mérite que l’on s’y attarde, non seulement pour son charme séculaire, mais également parce qu’elle a engendré malgré elle un groupe fantastique, Absynthe Minded. Ces cinq musiciens hyper talentueux ont pris leurs racines dans cette ville, mais aussi et surtout dans le jazz, ou disons plutôt le swing acoustique. Le groupe, qui a débuté sous la forme d’un quartet, s’étoffe, commence à jouer dans toute la Belgique dans des petits bars, varie son instrumentation et son registre musical, et très vite la machine s’emballe. En 2005, c’est la consécration avec le morceau-phare, l’immense My Heroics Part One. Le succès mérité aidant, le groupe décide alors pour son album éponyme de partir un mois à Paris, dans les mythiques studios Ferber, en compagnie de Jean Lamoot, à la baguette, le fameux producteur de Bashung et de Noir Désir. Il est vrai que le public français a déjà eu l’occasion de découvrir ces Belges à l’occasion d’un album sous forme de compilation, "Introducing", sorti en 2008 chez Abeille Musique.

On assiste, il faut bien le dire, à un moment très rare à l’écoute de cet album, à savoir que le leader au charisme fou, Bert Ostyn, fait corps avec son groupe d’une manière incroyable. Ceci est sûrement dû au fait qu’à l’origine il est issu du jazz où la notion même de chef de bande est inexistante, mais où le groupe ne fait qu’un. Sur If You Don’t Go, I Don’t Go, on se dit qu’ils s’entendraient comme larrons en foire avec Thomas Dutronc, si ce n’est déjà fait. Foncièrement jazz, ce morceau donne une pêche d’enfer, avec sa guitare à la Django Reinhardt, son violon guilleret et impertinent, la batterie sautillante, le piano mutin, la contrebasse discrète mais bien présente. Heaven Knows provoque l’étonnement, dans le sens où l’on croit assister à une fusion entre le rock de Bob Dylan et celui des Dire Straits, par le biais notamment de la voix de Bert Ostyn, oscillant sans cesse entre les registres de voix. Mais la rythmique et l’instrumentation sont plutôt empruntés au jazz et au rock acoustique. On entonne en fin de chanson, en se dandinant, le refrain, « you are, you are my baby girl ».

Dead On My Feet fait réfléchir sur ce que serait le morceau idéal de dEUS. On ferme les yeux, et on s’imagine les Anversois à l’œuvre, le résultat est troublant. Certes, ceux-ci tiennent toujours le haut du pavé, mais à trop vouloir être dans l’air du temps, dernièrement ils se sont quelque peu égarés, et ce morceau d’Absynthe Minded leur rappelle ce que doit-être un vrai bon morceau de dEUS, la fusion totale entre les deux périodes du groupe, avant et après "Ideal Crash", avec le côté plus rentre dedans actuel, mais sans occulter la part mélodique digne de leurs albums des débuts. D’ailleurs, c’est d’autant plus troublant de voir apparaître quasiment, en fin de morceau, la fameuse boucle déjà présente sur Dream Sequence # 1, sur leur chef-d’œuvre et cultissime "Ideal Crash".

Mais les Gantois savent aussi trousser des ballades à faire fondre des glaciers entiers, surtout grâce à la voix si douce et soyeuse de Bert Ostyn, comme c’est le cas sur Paramount et Moodswing Baby. Le texte du génial Envoi est une adaptation en anglais du poème du même nom du célèbre écrivain belge Hugo Claus, une sorte d’ode aux muses et aux femmes en général. Encore une fois, l’ombre de Bob Dylan plane.

La musique d’Absynthe Minded est à l’image de la Belgique, sans vraie identité, bâtarde, inventive, éclectique et se jouant des étiquettes. Ce qui de prime abord pourrait paraître brouillon ou déconcertant, est d’une hallucinante maturité. Ne reniant pas ses racines jazz, et l’influence du swing manouche et d’autres sonorités tziganes, le groupe intègre ces éléments dans des morceaux pop, comme le violon sur Weekend In Bombay. Et il clôt son album en toute beauté (Oh ! The Longing) et effectivement on se languit, voulant encore prolonger de quelques minutes ce moment passé en leur compagnie. Une bien belle équipée en effet et sans aucun doute un des groupes les plus intrigants et fascinants que compte la Belgique.

Chroniqueur