pochette bashung

Bleu pétrole


Un album de sorti en chez .

Le retour de Bashung à la limpidité.

Six ans après “L’imprudence”, “Bleu pétrole” était annoncé comme un album plus simple et abordable, démarche en soi raisonnable et saine. En revanche, on était un peu plus inquiets de savoir que la greffe n’avait pas pris avec Jean Fauque, tant le verbe avait été porté haut sur les deux derniers albums. C’est vrai que pour apprécier “Bleu pétrole”, il faut d’abord oublier “L’imprudence”, se laisser porter par les mélodies, entrer dans l’album par petites touches.

Mais très vite, la magie opère. D’abord parce qu’un album de Bashung est avant tout un album de Bashung. Quels que soient ses collaborateurs, notre homme a la capacité rare de toujours tirer les chansons vers le haut. Que ce soit la production, irréprochable, sans ostentation ni frime, le choix des musiciens, et plus encore le chant, remis ici à l’honneur, tout concourt à obtenir une fluidité, une classe naturelle. Ainsi, Hier à Sousse et son rythme chaloupé, Tants de nuits, splendide ballade aux arrangements de cordes soignés, sont imparables. Bashung a en outre le don de faire cohabiter des éléments qui chez d’autres, se révéleraient hétéroclites. Car la grande affaire de “Bleu pétrole”, c’est la rencontre avec Manset, fantasme assouvi de tous ceux pour qui la chanson française n’évoque pas la deuxième division de la musique. Sans surprise, les sommets de l’album sont Je tuerai la pianiste et Comme un légo, où les mots implacables et terriblement justes sur la condition humaine de Manset rencontrent le génie de l’interprétation de Bashung, dont la voix semble à la fois au bord des larmes et indestructible.

Face à un tel monument, le risque était que les paroles de Gaëtan Roussel, Arman Méliès ou Joseph D’Anvers soient trop faiblardes. Mais s’il est clair que ses derniers ne tiennent pas la comparaison face à Manset, cet aspect ne transparaît pas à l’écoute de l’album. Sur Comme un trapèze, Bashung opte pour un chant plus nuancé qui met les mots en valeur, rend leur simplicité naturelle. Sur Résidents de la république, c’est le côté nonchalant et évident de la mélodie qui retient l’attention. “Bleu pétrole” vient donc prendre sa place très haut dans la discographie de Bashung et s’ajoute à ces disques pas si nombreux, à la fois intemporels et modernes, qui s’adressent aussi bien aux mélomanes occasionnels qu’aux obsessionnels des mots et des sons. Preuve en est qu’il n’est pas toujours nécessaire de faire preuve de démagogie pour s’adresser au plus grand nombre.

Rédacteur en chef