Designer


Un album de sorti en chez .

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Troisième album de la néo-zélandaise, figure libre du folk.

Il est toujours amusant de constater que, plus la musique se dématérialise, du moins dans ses modes de « consommation », persistent toujours des labels à forte identité qui, par le choix des artistes qu’ils éditent, affirment leur capacité à apparaître comme des prescripteurs et des rouages essentiels du paysage de la musique indé. 4AD, en l’espace de deux semaines, a ainsi publié deux albums qui marqueront de leur empreinte cette année musicale. On vous a déjà parlé du troisième album de Big Thief, une semaine plus tôt paraissait le troisième album d’Aldous Harding, « Designer ». Amusante similitude, anecdotique d’un certain point de vue, plus sûrement le reflet que 4AD a non seulement su détecter le talent des new-yorkais et de la néo-zélandaise mais également su leur offrir le cadre dont ces artistes avaient besoin pour atteindre une certaine plénitude qui s’exprime aujourd’hui.  On peut continuer à pointer des similitudes dans l’approche de ces artistes envers leur musique, Big Thief ayant plus prêté attention à sa volonté de devenir un véritable groupe et à créer une instrumentation et un climat qui en soit le reflet que redéfinir les contours d’un genre, Aldous Harding n’ayant jamais trop aimé chercher à définir l’essence de sa musique, se contentant d’évoquer de manière assez vague les thèmes au centre de ses albums, l’amour et la peur de la perte notamment.

Laissons là les comparaisons et intéressons-nous à « Designer ». On ne peut pas dire que c’est un album qui vous prend à revers, ce serait à priori même plutôt l’inverse puisqu’il s’ouvre sur un Fixture Picture aéré, doux et caressant, interprété d’une voix délicate et bien posée et se poursuit dans la même veine avec Designer, qui s’avance même avec quelques petites percussions exotiques. Pourtant, la douceur et la sérénité qui semblent se dégager naturellement des chansons sont à double tranchant, car quelques ruptures de rythme, de petits silences créent autant d’interstices dans lesquels viennent subtilement se glisser intranquillité et doute. C’est cette capacité à instiller l’air de rien un climat mouvant qui fait tout le sel de l’album et nous permet de mieux comprendre pourquoi Aldous Harding ne tient pas à « enfermer » ses chansons dans des interprétations de sens et de style définitives. Car son talent consiste précisément à écrire des morceaux à la fois très aboutis tout en les faisant apparaître comme des esquisses et de laisser aux auditeurs le soin de décider si ce sont des chansons douces pleines de positivité ou si au contraire elles dissimulent des angoisses enveloppées dans un joli écrin. Les petits accords de piano, les reprises de chant entre la recherche de justesse et l’hésitation sur Treasure, les mots à double sens possible sur The Barrel (il n’est pas obligatoire de maîtriser l’anglais pour en ressentir l’ambivalence), en sont de beaux exemples.

« Designer » est donc non seulement un bel album délicat mais un album important dans sa dimension transcendante. Car, encore une fois, il prouve qu’en musique, on a beau disposer de seulement sept notes, devoir porter un héritage qui approche les soixante ans, rien ne contraint à la redite, sans pour autant rechercher la révolution formelle. A méditer.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Fixture Picture
  2. Designer
  3. Zoo Eyes
  4. Treasure
  5. The Barrel
  6. Damn
  7. Weight of the Planets
  8. Heaven is Empty
  9. Pilot

La disco de Aldous Harding

Designer8
80%