All Mirrors


Un album de sorti en chez .

6

Angel Olsen continue sa marche en avant. Au risque d'aller trop vite ?

Tenante à ses début d’une folk lo-fi sur laquelle elle égrenait ses chagrins et peines de coeur, ce qui avait eu pour don de la cataloguer aux yeux de pas mal de monde, Angel Olsen s’était déjà bien émancipée sur son troisième et superbe album, « Woman », qui avait continué de filer la veine de morceaux doux-amers mais en investissant un champ musical beaucoup plus vaste et en affichant un aplomb dont, objectivement, on ne la pensait pas forcément capable. Ce n’aurait pu être qu’une nouvelle étape dans sa carrière mais, quand l’Américaine a annoncé la parution d' »All Mirrors » et que quelques infos ont filtré sur sa substance, on a vite compris qu’Angel Olsen n’était pas dans la politique des petits pas mais plutôt lancée sur une autoroute. En effet, on apprenait que, sur ce nouvel album, elle serait accompagnée d’une vaste section à cordes. Autant dire que l’intimisme et le dépouillement des débuts ne sont pas seulement derrière, ils apparaissent presque comme un lointain souvenir. Mais si voir évoluer une artiste, jusque-là pour le meilleur, est toujours stimulant, on pouvait légitimement se demander, avant même d’avoir prêté l’oreille à « All Mirrors », si Angel Olsen n’allait pas un peu trop vite, au risque de verser dans la surenchère, risque d’autant plus important quand on voit son public s’étoffer au fil des années.

Lark, qui ouvre l’album et qu’on avait pu découvrir avant même sa sortie, pose les bases de l’ambition affichée sur « All Mirrors » : mélodie incandescente, voix déployée avec encore plus d’ampleur que sur « Woman », ne serait-ce que pour soutenir un tant soit peu la comparaison avec les envolées de cordes annoncées et qui sont bien là. Et si une certaine audace se dégage du morceau, qui distille en outre un charme indéniable grâce notamment à la sensibilité toujours prégnante d’Angel Olsen, il ne dissipe pas les inquiétudes initiales. Car il fait clairement craindre qu’Angel Olsen n’ait laissé se refermer sur elle le piège de la forme au détriment du fond en se retrouvant contrainte d’user et d’abuser de constructions baroques et d’envolées vocales et de perdre en route la fragilité et l’émotion à fleur de peau qui l’ont rendue si attachante. De fait, l’album prend une tournure encore plus déstabilisante quand, lorsque les cordes restent un peu en retrait, c’est pour laisser la place à des morceaux gentiment pop sur lesquels sont délaissés les éléments organiques au profit de synthés sans saveur sur New Love Cassette, à la mélodie peu inspirée. Spring, plus subtil, ravive l’intérêt pour l’album sans que l’on sache trop où l’on va. Sur What It Is, on a la sensation d’assister à une drôle de synthèse entre une pop baroque à l’inspiration qui lorgne vers les années 70 et d’étranges arrangements synthétiques. A mesure qu’on y revient, on aura tendance à trouver des qualités à ces morceaux qui, mine de rien, filent un coton à la fois pop et expérimental. En revanche, difficile de ne pas éprouver la sensation de se tenir à l’entrée d’une pièce où ce qui s’y déroule ne nous concerne pas complètement.

Certes, ce qu’on ressent ne corrobore pas complètement les appréhensions de départ. On se dit même que ça ressemblait, du moins en partie, à une fausse piste. Car « All Mirrors » n’est pas un album tout public de pop lyrique mais plutôt un condensé expérimental dans lequel Angel Olsen redistribue les cartes de son songwriting en se passant d’à peu près tout ce qui était sa base de départ à ses débuts, pour les remplacer par d’autres, ce qui est une belle démonstration de remise en question, voire de mise en danger. Pour cela, « All Mirrors » est un sacré pari. Simplement, sa limite est que l’album, dans sa grande majorité, apparaît avant tout comme un exercice formel. On sent Angel Olsen tout près de réussir à totalement s’emparer de cette forme pour se l’accaparer et laisser filtrer toute ce qu’elle porte en elle sur Summer ou Chance, mais on n’y est pas complètement. Résultat, « All Mirrors » est un album qui fait certainement gagner encore en consistance à Angel Olsen tout en lui faisant perdre un peu de charme et d’émotion. Et on souhaite sincèrement qu’elle retrouve très vite ces deux dernières notions, car elle a clairement encore beaucoup à nous apporter.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Lark
  2. All Mirrors
  3. Too Easy
  4. New Love Cassette
  5. Spring
  6. What It Is
  7. Impasse
  8. Tonight
  9. Summer
  10. Endgame
  11. Chance

La disco de Angel Olsen

My Woman9
90%

My Woman

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