IMG_1498

Hunter


Un album de sorti en chez .

8

Troisième album pour l'Anglaise imprévisible.

Finalement, est-ce plus dur pour une artiste dont on a déjà loué les talents vocaux, de virtuose à la guitare, de capacité à redéfinir ses schémas de composition, à s’emparer de ses influences pour mieux se les réapproprier, le tout en deux albums et un EP, de proposer la suite ? Vous avez quatre heures. Plus sérieusement, on aurait pu se demander si Anna Calvi n’a pas connu une crise d’inspiration puisque “Hunter” débarque cinq ans après son précédent album si elle n’était pas plus ou moins coutumière du fait, sachant qu’elle est apparue sous les projecteurs en 2009 mais n’a publié son premier album qu’en 2011. On l’aura compris, pour Anna Calvi, éditer un album, c’est une affaire sérieuse.

On ne s’étonnera ainsi pas que sa publication ait été précédée d’une campagne de “communication” relativement importante de sa part pour expliquer quelle serait l’idée derrière “Hunter”, comme si elle tenait absolument à être comprise, au risque de légèrement en rabattre sur le plaisir de la découverte et de l’appropriation de la chose par l’auditeur lui-même. Mais, finalement, à l’écoute de l’album, c’est moins la façon dont Anna Calvi aborde la question de l’identité sexuelle, du genre, de l’égalité hommes/femmes qui nous intéresse que ce que ces concepts révèlent sur son identité à elle en tant que musicienne. On en revient ainsi à l’hypothèse du début de cette chronique, à savoir qu’à multiplier les talents, paradoxalement, le risque était pour Anna Calvi de perdre sa boussole. Mais sur “Hunter”, Anna Calvi délaisse les structures très complexes de “One Breath” pour remettre à l’honneur une approche plus instinctive et directe. Elle peut évidemment compter sur sa voix, qui monte très haut en quelques secondes, et à même tendance à en surjouer par moments. On aurait ainsi aimé plus de sobriété sur Swimming Pool ou Chain. Toutefois, quand le chant se fait à la fois syncopé et habité sur Wish, lyrique et puissant sur As A Man, chaloupé et intrigant sur Alpha, Anna Calvi reprend aisément sa place parmi les meilleures chanteuses du moment. “Hunter” est aussi un disque sur lequel l’Anglaise ne cherche plus, consciemment ou inconsciemment, à faire oublier ou tout du moins gommer, l’image de “guitar-heroine” qu’on a pu lui associer, mais son instrument doit apprendre à se voir maltraité plutôt que cajolé. Entre les mains d’Anna Calvi, la guitare devient un instrument tout terrain, malléable, qui bouscule un morceau démarré en toute lascivité (Indies Or Paradise), embrase l’ambiance chaloupée et torride d’Alpha, soutient tranquillement la structure très pop de Don’t Beat The Girl Out Of My Boy tout en lui gardant un petit brin de tension bienvenue.

En résulte un album d’une grande liberté, relativement inclassable, belle mise en abyme de la démarche d’Anna Calvi, qui en abordant et en questionnant les thèmes de notre époque et les idées préconçues, nous dévoile un peu plus sa singularité.

Rédacteur en chef
  • Publication 619 vues6 septembre 2018
  • Tags Anna CalviDomino
  • Partagez cet article

La disco de Anna Calvi

Hunter8
80%

Hunter

One Breath9
90%