Pochette Anna Calvi

One Breath


Un album de sorti en chez .

9

A la sortie d’un second album qui fait suite à un succès critique et public, le schéma classique veut qu’on évalue la capacité de l’artiste à composer avec un dilemme : poursuivre sur la même voie pour capitaliser ou au contraire jouer le contre-pied. Pourtant, dans le cas d’Anna Calvi, la problématique n’est pas pertinente. […]

A la sortie d’un second album qui fait suite à un succès critique et public, le schéma classique veut qu’on évalue la capacité de l’artiste à composer avec un dilemme : poursuivre sur la même voie pour capitaliser ou au contraire jouer le contre-pied. Pourtant, dans le cas d’Anna Calvi, la problématique n’est pas pertinente. En effet, l’Anglaise s’est fait remarquer dès fin 2009 sur la foi de prestations scéniques impressionnantes puis, tout au long de 2010, a eu la sagesse de prendre le temps de peaufiner et rôder ses morceaux pour ne faire paraître son album qu’au tout début de 2011. Un album résultat d’une véritable gestation, donc, qui aura permis à son auteure d’avoir un coup d’avance et de penser la suite sans se retrouver au pied du mur. Finalement, le principal ennemi d’Anna Calvi, c’est certainement elle-même, car il est assez rare qu’on loue une artiste pour sa voix et pour son jeu de guitare virtuose. Conséquence, à avoir trop d’atouts de son côté, le risque était de se reposer dessus et de tomber dans une forme d’auto-complaisance.

“One breath” s’ouvre à la fois en douceur et en force. En douceur, car il place l’auditeur en terrain connu, Suddenly jouant d’une dynamique qui n’est pas sans rappeler celle d’un titre comme I’ll be your man, avec ses couplets susurrés avant que la guitare n’entre en action et exalte le tout. En force précisément parce que la guitare est un peu plus “débraillée” que sur le premier album et que, d’emblée, Anna Calvi semble vouloir lancer les hostilités sur une note enlevée. Eliza prolonge tranquillement les retrouvailles avec souffle, sans rien bousculer mais, à ce stade, on parlera plus d’assurance et de confiance que de redite. En outre, à partir de Piece By Piece, on change de registre : la batterie s’efface au profit d’une boîte à rythmes, la guitare cède la place à de petites sonorités intrigantes, la voix s’accommode à merveille de ce groove nouveau, bref, on est heureux d’entendre Anna Calvi s’ouvrir à des contrées inédites. Cependant, la suite s’avère assez déroutante. One Breath, par exemple, part peu ou prou sur les mêmes bases que Piece By Piece, en plus lent, et démarre comme une ballade intimiste et touchante avant que n’éclatent des cordes dégoulinantes à souhait qu’on jurerait tout droit sorties du générique d’une bluette sentimentale. Love Of My Life  est au contraire un morceau saccadé voire convulsif, tout en guitares ronflantes. Carry me over divulgue ensuite une sorte de synthèse de tous ces éléments avec un long pont instrumental mêlant percussions, lignes de guitare éparses et cordes avant qu’Anna Calvi ne termine le morceau de quelques vocalises. Enfin, l’album se clôt sur deux pièces évanescentes, surtout le bref et quasi-religieux The Bridge. Alors autant le dire, l’ensemble laisse perplexe, sans que l’on puisse véritablement se faire un avis sur la chose. Dans un cas comme celui-ci, il n’y a pas trente-six solutions : il faut se donner du temps et y revenir.

Et, petit à petit, tout prend son sens. Ainsi, la grande qualité de “One breath” est, par sa structure complexe, voire chaotique, de répondre et d’illustrer le défi dont il était question en début de chronique : car, n’en doutons pas, Anna Calvi aurait pu livrer un album entier dans la même veine que Suddenly et Eliza et obtenir, sinon un nouveau plébiscite, un satisfécit global. Mais, pour aller plus loin, il lui a fallu se faire violence, au sens propre et figuré, violence qui s’exprime dans les guitares distordues de Cry ou Love Of My Life. Mais il y a aussi beaucoup de douceur chez Anna Calvi, et elle n’a pas voulu la laisser de côté, quitte à la faire cohabiter au forceps avec les morceaux cités précédemment. Mais douceur n’est pas tiédeur, au contraire, et elle est traitée avec la même intensité que les moments plus tendus. C’est par cette approche que les envolées de cordes de One Breath prennent leur sens, c’est une fois que l’on s’est fait à l’idée et à la démarche qu’on peut goûter pleinement à la grâce de Sing To Me qui, au fil des écoutes, s’affirme certainement comme le morceau de bravoure de l’album. Un album âpre et langoureux, tout en instabilité entre deux pôles qui se rencontrent rarement, complexe, ambitieux, mais surtout d’une sincérité et d’une proximité avec la personnalité de son auteure qui forcent le respect.

Rédacteur en chef
  • Publication 658 vues14 octobre 2013
  • Tags Anna CalviDomino
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Tracklist

  1. Suddenly
  2. Eliza
  3. Piece By Piece
  4. Cry
  5. Sing To Me
  6. Tristan
  7. One Breath
  8. Love Of My Life
  9. Carry Me Over
  10. Bleed Into Me
  11. The Bridge
  12. Papi Pacify - Strange Weather EP
  13. I'm The Man That Will Find You - Strange Weather EP
  14. Ghost Rider - Strange Weather EP
  15. Strange Weather
  16. Lady Grinning Soul - Strange Weather EP

La disco de Anna Calvi

Hunter8
80%

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One Breath9
90%