pochette anna calvi

Strange Weather


Un album de sorti en chez .

7

Dans la foulée d'un second album et d'une vaste tournée réussis, Anna Calvi s'offre un petit plaisir avec la parution d'un EP de cinq reprises.

On peut considérer la publication de “Strange Weather” comme légèrement anecdotique, une façon de continuer à souffler sur les braises encore chaudes et d’arracher quelques ventes supplémentaires après de longs mois de présence un peu partout et avant une nouvelle salve avec les festivals d’été, mais il ne faut néanmoins pas oublier que le premier single d’Anna Calvi était une reprise tout feu tout flammes du Jezebel d’Edith Piaf. Qu’elle revienne avec cinq covers supplémentaires s’inscrit donc dans une continuité et confirme que la belle anglaise aime puiser l’inspiration chez les autres.

Inspiration, c’est le maître mot de ce genre de projet, qui évidemment ne vaut que s’il démontre son utilité, à savoir proposer des versions pertinentes des titres repris. Le premier constat, c’est qu’il n’y a a priori pas de volonté de ratisser large en jouant cinq standards, puisqu’à côté du Lady Grinning Soul de Bowie, on retrouve des titres de Suicide, FKA Twigs, Connan Mockasin et Keren Ann. Une petite liste éclectique et un aperçu intéressant des goûts d’Anna Calvi. Bien sûr, une méthode que d’aucuns jugeraient rigoureuse mais cependant un brin rigide consisterait à se livrer à une réécoute préalable des versions originales avant de se lancer dans l’écoute de ce EP pour juger au mieux des choix opérés sur ces nouvelles versions, mais on préfère partir du principe qu’Anna Calvi a démontré avec ses deux albums qu’elle avait suffisamment de consistance pour se suffire à elle-même, alors autant aller directement à l’essentiel. Ce qui ressort immédiatement, c’est que, “délestée” de la nécessité d’écriture, Anna Calvi laisse de côté les constructions complexes déployées notamment sur “One Breath”, son second album, pour se concentrer sur ce qu’elle sait faire de manière innée, à savoir chanter divinement bien, jouer de la guitare et soigner les arrangements. En creux, en l’espace de vingt minutes, “Strange Weather” démontre toute la dimension prise par Anna Calvi. Mettons un petit bémol sur Lady Grinning Soul : les petites notes de piano virevoltantes sont bien senties, le timbre de voix bien posé mais le chant aurait gagné à davantage se déployer et reste trop confiné.

Papi Pacify, à l’inverse, est un pur régal : voix tantôt grave, tantôt cristalline, lignes de guitare à la fois chaloupées et tranchantes, arrangements de cordes discrets et subtils, mélodie qui déverse tout son lyrisme, rien à redire… Pas grand-chose à redire non plus sur I’m The Man That Will Find You et sa ligne de batterie en fin de parcours. Quant à Ghost Rider, c’est certainement le sommet de ces cinq titres. Anna Calvi joue avec un aplomb superbe du côté à la fois groovy et étouffant du morceau, susurre et feule comme un fauve, fait gémir sa guitare en longs accords menaçants, le tout sur une rythmique métronomique. Enfin, sur Strange Weather, on sent un David Byrne, qui l’accompagne sur ce morceau, habité de la volonté de se montrer à hauteur vocale de sa comparse. En résulte un beau moment où les deux voix se répondent, chacune dans son registre, joliment soutenues par un accord de piano et une belle ligne de guitare qui fait monter l’intensité d’un cran avant un final tout en sobriété. Ce que fait Anna Calvi sur “Strange Weather”, beaucoup s’en contenteraient pour bâtir une carrière, mais le disque se savoure d’autant mieux qu’on sait l’Anglaise capable de bien plus encore. Ce qui mérite un coup de chapeau.

Rédacteur en chef
  • Publication 574 vues15 juillet 2014
  • Tags Anna CalviDomino
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Tracklist

  1. Papi Pacify - Strange Weather EP
  2. I'm The Man That Will Find You - Strange Weather EP
  3. Ghost Rider - Strange Weather EP
  4. Strange Weather
  5. Lady Grinning Soul - Strange Weather EP

La disco de Anna Calvi

Hunter8
80%

Hunter

One Breath9
90%