At The Drive In - In-ter a-li-a

In•ter a•li•a


Un album de sorti en chez .

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Le retour sur disque tant attendu des furieux Texans.

D’autres l’ont été avant mais, même si nous ne sommes pas encore à la moitié de l’année, 2017 restera marquée par le nombre impressionnant de retours discographiques après des silences de parfois plus d’une décennie, dix-sept ans pour At the drive in, et ce n’est pas fini. Le phénomène est d’autant plus intéressant qu’avant, on avait plus souvent droit à des retours uniquement scéniques (At the drive in s’étaient d’ailleurs brièvement reformés en 2012), qui faisaient apparaître les artistes concernés comme se reposant uniquement sur leur répertoire connu sans rien offrir de neuf. Enfin, jusque-là, les nouveaux albums proposés cette année par des artistes sur le retour se révèlent globalement de bonne facture. Question d’époque ? Possible. Certes, éditer un nouvel album implique a priori une remontée de sève créatrice, mais encore faut-il apparaître en phase avec le reste de la production. Or, depuis quelques temps, si la richesse et la diversité sont toujours de mise dans la musique indé, on s’est globalement affranchi des chapelles trop corsetées et, plutôt qu’appartenir à un genre strictement répertorié, les meilleurs albums sont pour la plupart des disques libres, éclectiques, qui regardent parfois dans le rétro sans jouer le passéisme ou la nostalgie. Bref, peut-être est-il plus facile aujourd’hui de revenir aux affaires sans se voir renvoyer son passé en pleine figure. A cet égard, on peut garder en mémoire qu’à l’origine de la séparation du groupe en 2001, en plus de la gestion toujours compliquée d’un succès croissant étaient venues s’ajouter des divergences artistiques flagrantes à l’écoute des albums de The Mars Volta et Sparta, les deux entités nées de la “scission” d’At the drive in. On a donc le droit de penser qu’il est plus facile de les mettre de côté aujourd’hui qu’il y a quinze ans.

Maintenant, restait à savoir si le groupe serait capable de renouer avec la formule qui avait fait de “Relationship Of Command”, leur dernier album en date, un formidable album de rock en équilibre parfait entre spontanéité et virtuosité, radicalité et maîtrise. Une chose est certaine, “In . ter a . li . a” est le disque d’un groupe en verve qui souhaite reprendre sa place dans le paysage et semble même animé de la volonté de nous faire oublier le gouffre de dix-sept ans qui sépare les deux albums. Cedric Bixler est toujours aussi en voix et domine les morceaux de son chant sauvage, souvent impressionnant, sans jamais donner le moindre signe de faiblesse. En point d’orgue, on placera Incurably Innocent, Holtzclaw ou Torrentially Cutshaw. Côté guitares, rien à redire non plus, Omar Rodriguez mène la danse, elles sont toujours aussi tranchantes, concises et brutales quand il le faut, chaloupées, imprévisibles à d’autres moments, ce qui fait là aussi partie de l’identité du groupe. Vous ne résisterez donc pas à des coups de boutoir tels Continuum ou Hostage Stamps. En revanche, côté production, même si Richie Costey est seulement venu “appuyer” Omar Rodriguez et n’est en rien le maître d’oeuvre, on ne peut s’empêcher de noter le côté parfois un peu trop “héroïque” de certains passages, notamment sur le refrain de Pendulum In A Peasant Dress ou Call Broken Arrow. De petites réserves qui ne gâcheront en rien le plaisir de retrouver une formation au meilleur de sa forme, capable d’imprimer un train d’enfer pendant quarante minutes sans jamais mollir ni tomber dans le piège de la roue libre. On se souvient que, il y a quatre ans, lors de la sortie de leur premier album, les filles de Savages avaient déclaré avoir voulu redonner ses lettres de noblesse au rock, qu’elles trouvaient un peu délaissé ou qui, au minimum, ne rimait plus suffisamment avec radicalité et intensité, qui étaient pourtant son ADN. Le retour d’At the drive in avec “In . ter a . li . a” démontre avec éclat à quel point elles avaient raison.

Rédacteur en chef

La disco de At The Drive In