Ya Ballad (ô pays)


Un album de sorti en chez .

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Mon Dieu que c'est beau un artiste inspiré !!!

Décrire le monde de Bachar Mar-Khalifé s’apparente réellement à un exercice d’équilibriste. Commençons par vous assurer que ce que vous entendrez, vos organes auditifs en sont vierges. Rien, de près ou de loin, de nos connaissances indés ou plus larges ne nous permettent de situer cet OVNI.

Bachar est né dans un Liban en guerre et a connu l’exil qui l’a conduit jusqu’au conservatoire de Paris. La construction musicale de l’artiste s’est forgée ensuite à travers l’Orchestre National de France et L’ensemble intercontemporain, mais également par divers collaborations avec le monde du jazz, de l’electro, de la world music ou encore du hip-hop. C’est donc fort donc d’un passif chargé et d’une approche musicale des plus pointues que Bachar a décidé de nous livrer une carte postale de son enfance entre Liban et exil.

Nous voyons poindre ici et là les doutes suscités par cette introduction faisant craindre un énième « politiquement correct » hommage à la culture arabe avec tendresse et nostalgie de bon aloi. Nous sommes précisément aux antipodes d’un tel méfait. Mar-Khalifé n’a visiblement aucunement besoin et encore moins l’envie de grossir le trait. Se basant sur une approche métissée certes, mais avant tout expérimentale, il magnifie son propos à travers une orchestration majestueuse.

Point de chant traditionnel, point de déprimante comptine (le monsieur est pianiste), point d’emballement transcendantal, ou alors tout à la fois mais différemment des autres. Une telle maîtrise de mondes musicaux aux schémas si éloignés donne à la musique de Bachar Mar-Khalifé une identité indéniable. L’homme se détache de l’univers world music, celui que l’on connait, par une obsession du « métissage parfait », allant creuser jusqu’à la moelle ses univers pour en sortir un nectar sonore détaché d’un style ou d’une culture.

Mais là où le résultat est réellement bluffant, c’est qu’au prix de ce qui nous semble être un véritable effort, « Ya Balad », en plus d’être certainement un joyeau pour geek puriste de musicologie, est avant tout une oeuvre magnifique de consistance, tout sauf un produit désincarné par trop de réflexion d’ingénieur du son. Le fait d’évoquer des sujets viscéralement ancrés dans sa construction d’homme a certainement facilité la tâche au musicien. Au final, on sent surtout que plus qu’une carte postale de son passé, l’artiste nous livre une autobiographie sonore, bien plus large qu’un simple regard en arrière.

Proprement indescriptibles sont donc nos sensations à l’écoute de cet album, on ne vous livrera pas de sempiternelle « entre electro, chant arabe, pop épurée », car on est clairement au dessus de cela, « Ya balad » est avant tout une oeuvre unique, enivrante, passionnante qui a ce pouvoir rare d’aimanter nombre de mondes qui se fréquentent rarement. Enfin, un mot nous revient inlassablement à l’écoute de cet opus : élégance. Oui, ces derniers temps, s’il nous était demandé de définir l’opposé de vulgarité, nous nous serions tus et aurions passé quelques minutes de « Ya Balad ». Aucun écueil, aucune facilité de prise, une distance très pudique et un résultat presque mystique tant les compositions sont légères, aériennes.

Quand, par habitude, la musique est omniprésente dans vos journées, quitte à parfois ne devenir qu’un brouhaha informe, quand l’écœurement de l’abondance facile commence à poindre le bout de son nez, vous tombez, avec un peu de chance, sur un album comme celui-ci et vous vous rappelez alors la beauté de la découverte qui jusque-là a guidé vos pas de mélomanes.

Nous ne pourrions, même au prix d’efforts les plus fous dégager un titre plus qu’un autre de cette oeuvre, et de grâce, ne plongez pas « Ya balad » dans le shuffle de vos playlists numériques !

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