Beach House - 7

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Un album de sorti en chez .

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Le nouvel album du duo de Baltimore. Le premier d'un nouveau cycle ?

On va radoter mais tant pis. En 2015, Beach House a réussi bien davantage qu’un coup d’éclat. Alors que “Depression Cherry”, sorti en milieu d’année, trois ans après le précédent album, semblait baliser le périmètre que le duo souhaitait investir, sans lasser sur la forme et installer l’idée qu’on pourrait continuer encore quelques temps à accompagner ce duo chéri même si leur musique recelait de moins en moins de secrets, “Thank Your Lucky Stars”, paru quelques mois plus tard, tout aussi inspiré, n’en avait pas moins rebattu les cartes par son canevas sonore repensé et bousculé toutes nos certitudes. Pour Beach House, 2015 n’aura donc pas été, comme on l’avait cru initialement, l’année d’une continuité sereine mais bien celle d’une nouvelle impulsion en deux temps. La parution d’un album “fonds de tiroir” en 2017 n’en était que la confirmation et venait définitivement refermer un cycle.

Mais de quoi serait fait le nouveau qui s’ouvre aujourd’hui ? Premier élément de réponse, ce septième album s’intitule précisément “7”, comme pour dire que, du passé, le duo ne ferait pas table rase et ne chercherait pas à s’acheter une trompeuse nouvelle virginité. Mais, entre-temps, on a eu droit à un de ces allers-retours dont l’histoire de la musique a le secret. Car, quelque part, Beach House et leur dream-pop sont les héritiers du mouvement shoegaze né au début des années ’90, avec leurs morceaux planants et éthérés, les guitares saturées en moins (la plupart du temps). En 2017, nombre de représentants de ce mouvement faisaient leur retour (Jesus And Mary Chain, Ride…) et le plus réussi a certainement été celui de Slowdive, qui a su remettre au goût du jour ses climats vaporeux, sans chercher à reproduire trait pour trait ses réussites passées. En résumé, deux générations de l’indie-pop s’étaient pour ainsi dire successivement nourries l’une de l’autre et aujourd’hui, Beach House, passé du statut de groupe à influences à celui de groupe influent, armé de sa capacité à se renouveler subtilement, n’a plus qu’à opérer la synthèse.

C’est bien sûr un peu vite dit et schématique mais ça situe quand même “7”. D’autant qu’avec cet album, Alex Scally et Victoria Legrand ont avoué avoir eu envie d’élargir le spectre sonore. Et, pour y parvenir, ils n’ont pas eu à aller chercher loin : James Barone, leur habituel batteur sur scène, a ainsi été convié en studio pour donner une variété rythmique plus marquée à l’ensemble. dès les toutes premières mesures de Dark Spring, titre au souffle “shoegazien” s’il en est. Plus loin, la batterie donne de l’intensité aux morceaux et marque les ruptures de rythme, aspect nouveau dans la musique de Beach House, notamment sur Dive, qui accélère en milieu de morceau, ou le long Last Ride qui referme l’album. Victoria Legrand, elle, on le sait, est devenue, album après album, une chanteuse de plus en plus accomplie, au point qu’aujourd’hui, elle peut se permettre de “noyer” sa voix dans le magma sonore sans qu’on l’oublie un seul instant. Un titre comme Lemon Glow est ainsi à la fois un titre qui, avec sa mélodie langoureuse, convoque tout ce qu’on a toujours aimé chez Beach House, tout en imposant un ‘trait” plus épais que par le passé. Et, quand elle “reprend la main” sur un titre comme Drunk In L.A, magnifique ballade au refrain magnifié par cette voix qui sait se faire tour à tour grave et cristalline, on se dit que, décidément, Victoria Legrand fait partie des artistes essentielles du moment, qui en plus nous rend fiers quand sur L’Inconnue la partie française de ses origines se rappelle à elle sur quelques paroles susurrées dans notre langue. Alex Scally n’est pas en reste non plus, évidemment. On se souvient qu’en 2012 sur “Bloom”, la prégnance plus importante de son jeu de guitare avait déjà permis à Beach House de franchir un palier. Sur “7”, il se réinvente en troquant ses longs écheveaux contre des accords plus tendus, plus saturés, qui achèvent de donner une force supplémentaire au son du duo. Un son à la fois plus dense, plus fouillé que sur les cinq premiers albums du groupe, sans non plus reproduire le son plus grinçant et caverneux de “Thank Your Lucky Stars”.

Avec tout ça, difficile de ne pas sortir émerveillés de “7”. Sur ce nouvel album, Beach House capitalise sur tous ses acquis, et surtout va puiser dans ce qu’ils ont déjà à leur disposition pour aller plus loin, offrant une nouvelle démonstration éclatante que, pour durer, il faut savoir offrir à chaque disque sa couleur propre sans briser l’édifice de ce qui a été fait avant. Rares sont ceux qui y arrivent.

 

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Dark Spring
  2. Pay No Mind
  3. Lemon Glow
  4. L'Inconnue
  5. Drunk In LA
  6. Dive
  7. Black Car
  8. Lose Your Smile
  9. Woo
  10. Girl Of The Year
  11. Last Ride

La disco de Beach House