Beastie Boys - Ill Communication

Ill Communication


Un album de sorti en chez .

9

Si le n’importe quoi était un genre musical, “Ill Communication” pourrait en représenter un nirvana. Nous sommes en 1994 et les Beastie Boys marchent sur l’eau : à cette époque, ils représentent pour le hip-hop ce que les Pixies ont pu être pour le rock, une puissance de synthèse et d’expérimentation à la fois audacieuse […]

Si le n’importe quoi était un genre musical, “Ill Communication” pourrait en représenter un nirvana. Nous sommes en 1994 et les Beastie Boys marchent sur l’eau : à cette époque, ils représentent pour le hip-hop ce que les Pixies ont pu être pour le rock, une puissance de synthèse et d’expérimentation à la fois audacieuse et accessible. Pour autant, ce quatrième album semble moins crucial dans leur discographie… probablement parce qu’il arrive après deux déflagrations sans précédent (“Paul’s Boutique” et “Check Your Head”). De fait, le trio ne change absolument rien à la formule peaufinée sur ces deux chefs d’oeuvre. L’imagination, le délire restent au pouvoir et “Ill Communication” s’avère aussi sévèrement cintré que ses prédécesseurs. Rien de vraiment neuf, donc, mais une succession de véritables hits, sur lesquels le choix des samples s’avère inattaquable (Alright Hear This, Flute Loop, Root Down…).

Même avec quinze ans de recul supplémentaire, la jubilation est intacte à l’écoute de “Ill Communication” et l’on y retrouve cet équilibre si euphorisant entre un hip-hop finalement assez simple (un beat, des boucles, des scratches, du rap…) et un choix de samples dont l’ingéniosité et l’éclectisme propulsent le tout vers la stratosphère… Le début de l’album est une succession ininterrompue de bombes sonores, la formidable explosion en direct d’une inspiration rhizomique qui se déploie avec gourmandise dans toutes les directions : hip-hop classique mais imparable avec Sure Shot, Get It Together ou Root Down, hardcore assassin avec Tough Guy, rock au torse velu avec Sabotage, en passant par un B-Boys Makin’ With The Freak Freak totalement allumé, rempli jusqu’à la gueule de samples hallucinants (on croit même y reconnaître un braiment d’âne).

Suivant une construction très proche de celle de “Check Your Head”, ce quatrième album baisse légèrement de rythme au cours d’une seconde partie qui s’achève avec quelques titres plus méditatifs… et plus dispensables, preuve s’il en est que les Beastie Boys ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils se battent pour notre droit à la fête. On pardonne assez facilement ces quelques longueurs compte tenu de l’excellence du reste. Peut-être trop interchangeable, superposable avec “Check Your Head”, “Ill Communication” demeure malgré tout un des sommets hip-hop des nineties, qu’on savoure d’ailleurs aussi bien sur CD que sur écran : non contents d’écraser la concurrence sur le terrain d’un melting-pot musical débridé, les trois jeunes impudents se paient également le loisir de produire quelques-unes des plus mémorables vidéos de l’époque (le très moustachu Sabotage par Spike Jonze reste en particulier dans les mémoires). Sans afficher la moindre once de sérieux, les Beastie Boys prouvent une fois de plus leur rôle central au sein du paysage culturel des années 90…

Chroniqueur

Tracklist

  1. Sure Shot
  2. Tough Guy
  3. B-Boys Makin' With The Freak Freak
  4. Bobo On The Corner - Alternate Mix
  5. Root Down
  6. Sabotage
  7. Get It Together
  8. Sabrosa
  9. The Update
  10. Futterman's Rule
  11. Alright Hear This
  12. Eugene's Lament
  13. Flute Loop
  14. Do It
  15. Ricky's Theme
  16. Heart Attack Man
  17. The Scoop
  18. Shambala
  19. Bodhisattva Vow
  20. Transitions