Paul’s Boutique


Un album de sorti en chez .

9

Qu’il faisait bon grandir à la fin des années 80. D’accord, il fallait subir les T-Shirts fluos, le minitel et « Allo Maman Ici Bébé », mais côté musique une vraie révolution était en œuvre : après une décennie marquée par des coups de génie épars mais d’un niveau moyen relativement faible, de nombreux artistes ont poussé la […]

Qu’il faisait bon grandir à la fin des années 80. D’accord, il fallait subir les T-Shirts fluos, le minitel et « Allo Maman Ici Bébé », mais côté musique une vraie révolution était en œuvre : après une décennie marquée par des coups de génie épars mais d’un niveau moyen relativement faible, de nombreux artistes ont poussé la musique dans un virage salutaire dès 1988 : la sombre électro de Détroit envoyait ses basses conquérir l’underground mondial, Sonic Youth et les Pixies ouvraient la voie du rock indépendant en explosant les limites du genre tandis qu’en Angleterre, les Stones Roses et les La’s reprenaient le flambeau des Smiths pour définir la pop des années à venir.Pendant ce temps le hip-hop n’était pas en reste et produisait quatre albums révolutionnaires. N.W.A. et Public Enemy définissaient une attitude et une sonorité agressive et froide, pendant que De La Soul et les Beastie Boys révolutionnaient le sampling tout en proposant une philosophie plus chaleureuse et conviviale. Si côté attitude, ce sont les gangstas qui ont longtemps eu la part belle, ces albums ont chacun eu un impact durable mais celui dont l’influence a été la plus diffuse à travers tous les styles musicaux se nomme « Paul’s Boutique ».

A l’époque, pourtant, tout le monde s’attendait à ce que le groupe se trouve enfermé dans l’esprit et l’esthétique de leur premier album, « Licensed to Ill », énorme succès commercial et critique, centré autour de paroles potaches rappées sur des samples de hard-rock. Rendons à César ce qui appartient à César : la magie de « Paul’s Boutique » est autant l’œuvre des producteurs de l’album, les Dust Brothers, que celle du trio de MC les plus déjantés de l’histoire du hip-hop. L’album sample plus de 100 morceaux, mais l’ensemble est agencé avec une telle fluidité que tout paraît s’écouler le plus naturellement du monde ; il n’y a guère que The Avalanches pour s’être approché depuis de cette déferlante de samples, cette richesse des sonorités et cette précision du collage.

C’est à un cours de musique que l’on se retrouve convié via ces samples : du hip-hop old school (Funky 4+1, Sugarhill Gang…) aux piliers du rock (Led Zeppelin, les Beatles, Johnny Cash, Bob Dylan…) en passant par du reggae, de la soul, du rock et même des B.O de films (« Les Dents de la Mer » et « Psycho » sur Eggman, le morceau le plus fun d’un album qui n’en manque pourtant pas.). Le tout forme un patchwork ludique, pas prétentieux pour un sou. Les Beastie Boys ne sont pas en reste, unis comme les trois doigts de la main d’une mouette, ils distillent le flow le plus créatif et varié de leur carrière, partageant leurs couplets, usant et abusant du name-dropping (comme Vincent Delerm) avec leurs voix atypiques (comme celle de Vincent Delerm) et une énergie sidérante (pas comme Vincent Delerm) pour un résultat imparable (pas comme Vincent Delerm non plus, mais là c’est subjectif).

Les thèmes du premier album tournaient essentiellement autour des filles et de la fête ; si ces obsessions ne sont pas oubliées par le groupe (Hey Ladies en parfait exemple de morceau sur la gent féminine), les 3 MCs s’ouvrent enfin vers des thèmes plus sérieux, notamment sur Shadrach, manifeste sur l’indépendance artistique et résumant leur récent parcours (« They tell us what to do ? Hell no ! »). Ces samples et cette qualité de chant donnent à l’album une variété très rare dans le monde du hip-hop ; s’ouvrant sur l’irrésistible hymne pour soirée Shake Your Rump, l’album passe par des ambiances de western (Hight Plain Drifters et ses voix entremêlées), des morceaux funky (Shadrach), d’autres plus étranges (The Sounds of Science samplant les Beatles à tour de bras) ou plus sérieux (Looking Down a Barrel of a Gun) pour s’achever sur un grand fourre-tout, B-Boy Bouillabaisse (séparé dans cette version remasterisée en neuf morceaux), où le groupe pose sur papier un fourmillement d’idées qui définiront leurs futurs chefs d’œuvres, des ambiances très funk de Check Your Head à l’électro bariolé d’Hello Nasty.

Généreux, ouvert, fun, accueillant, créatif, varié, « Paul’s Boutique » est l’un des albums majeurs des années 80 et de l’histoire du hip-hop. Autant de raisons de profiter de sa réédition en format remasterisé, concoctée par le groupe aux petits oignons avec notamment les commentaires téléchargeables sur leur site de MCA, Adrock et Mike D.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Mother and Child Reunion
  2. Duncan
  3. Everything Put Together Falls Apart
  4. Run That Body Down
  5. Armistice Day
  6. Me and Julio Down by the Schoolyard
  7. Peace Like a River
  8. Papa Hobo
  9. Hobo's Blues
  10. Paranoia Blues
  11. Congratulations
  12. Me and Julio Down by the Schoolyard - Demo - San Francisco 2/71
  13. Duncan - Demo - San Francisco 2/71
  14. Paranoia Blues (Unreleased Version)