Pochette Bjork

Utopia


Un album de sorti en chez .

7

Le retour d'une Bjork apaisée ?

Si on se fie à ce qu’on peut lire à droite à gauche, Bjork aurait, ces dernières années, brassé des concepts pompeux avant d’être ramenée sur terre par une déception amoureuse qui a eu le mérite de la pousser à produire avec “Vulnicura” un album humble, sombre et intimiste, et serait aujourd’hui prête à repartir sur des bases saines et plus positives, “Utopia” filant le thème de la recherche de l’amour, justement. Bien. Soyons clairs, cette dialectique ne nous satisfait pas. Car, si on prend le temps de passer en revue le travail de Bjork depuis ses débuts en solo, à l’exception peut-être de la période “Volta”, album sur lequel elle opérait une synthèse d’ailleurs assez maladroite de ces expérimentations précédentes, l’Islandaise n’a jamais cessé de chercher et de pousser des logiques jusqu’au bout. Après, évidemment, certaines sont plus abordables que d’autres et il est évident qu’on revient moins facilement à un album comme “Medulla”, point final d’une démarche qui l’avait vue, petit à petit, retrancher tous les éléments autour de sa voix, ou de la voix, qu’à des inusables tels “Debut” ou “Homogenic”. Finalement, le risque que courait Bjork, à force de sans cesse tenter de défricher des territoires vierges était d’oublier les chansons et les mélodies, écueil qu’avant “Vulnicura”, elle avait déjà corrigé sur le très beau “Biophilia”. Mais, à l’époque, on s’était davantage arrêté sur le côté conceptuel de l’album, au risque de passer à côté de l’essentiel.

Bref, on aborde “Utopia” l’esprit curieux, mais persuadés qu’on ne part pas pour un album léger et facile, d’autant qu’une fois encore, le disque est produit par Arca, point encore plus positif que précédemment depuis que celui-ci a franchi un cap supplémentaire avec son dernier album perso en date (bien aidé d’ailleurs en cela par Bjork, qui l’a incité à prendre confiance en sa voix), mais qui n’est pas du genre non plus à faire dans l’aisément accessible. De fait, “Utopia” n’est en rien un album qui se livre rapidement, ce qui vous demandera donc quelques heures d’écoute puisque le disque affiche 71 minutes. Ce qui est en revanche directement évident, c’est que Bjork y est particulièrement en voix et inonde les 14 titres avec certes une maîtrise qui ne devrait pas nous surprendre, mais plus encore une recherche constante de la note juste, sans jamais aller trop loin. A cet égard, les dix minutes de Body Memory en milieu d’album tiennent en tous points du monument, plus encore avec le travail minutieux sur les choeurs et les arrangements ciselés. Autre aspect récurrent, la présence de la flûte sur nombre de morceaux, via des lignes et boucles virevoltantes et parfois dissonantes, qui peuvent soit apporter une touche de poésie sur The Gate ou Losss, soit agacer, les sonorités aigües étant de nature à vriller les oreilles (on pense à Courtship notamment).

Et les chansons dans tout ça ? Car, évidemment, au final, c’est toujours là qu’on revient. S’il est un aspect sur lequel il faut, d’une certaine façon, “faire son deuil”, c’est que Bjork a définitivement tourné le dos aux structures classiques couplet/refrain pour leur préférer de longs entrelacs complexes parfois en montagnes russes (The Gate), en strates où s’entrecroisent voix, lignes de harpe, arrangements électro (Blissing me, Utopia…) en plus de cette fameuse flûte, instrument “fil rouge” de l’album. Par moments, la matrice à idées tourne à vide ou patine, il ne faut pas avoir peur de le dire et un titre comme Claimstaker, trop figé dans la redondance de vocalises, suscite surtout l’ennui. En revanche, la plupart du temps, Bjork renoue avec la limpidité cristalline qui avait fait la réussite de “Vespertine”, l’immédiateté en moins. Mais quand on prend toute la mesure de Blissing Me, Utopia, Body Memory ou Saint, la magie opère. Et, finalement, entre les années ’90 et aujourd’hui, pour elle, rien n’a véritablement changé, dans la mesure où elle cherche toujours à être un pas devant tout le monde. Mais l’époque, elle, n’est plus la même. Car de nos jours, plutôt que revisiter le passé avec un brin d’artificialité comme on pouvait le faire dans les années ’90, on s’y réfère sans complexes, mais avec parcimonie et sans s’enfermer dans une nostalgie stérile et rétrograde que ne manquait d’ailleurs pas, à raison, de pourfendre l’Islandaise. Un état d’esprit que l’on peut juger plus sage que l’éternelle course en avant dans laquelle Bjork s’est engagée, envers et contre tout. Mais, objectivement, elle s’en sort plus qu’honorablement, et il n’est pas exclu qu’on l’en remercie de nouveau dans quelques temps.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. The Gate
  2. Utopia
  3. Features Creatures

La disco de Björk

Utopia7
70%

Utopia

Vulnicura7
70%

Vulnicura

Biophilia
0%
Volta
0%

Volta

Medúlla
0%
Homogenic
0%
Post
0%

Post

Debut
0%