I/III


Un album de sorti en chez .

9

Mais que va-t-il bien pouvoir se passer après cela ???!!!

Dans le domaine de l’électronique, le bruit noir est un spectre électromagnétique dont la densité spectrale de puissance présente un pic précis (cf Wikipédia). En d’autres termes, le bruit noir représente un signal non constant qui, quelque part, cible son impact. Cette donnée est particulièrement utilisée pour étudier le rayonnement fossile du Big Bang, autrement dit l’étude de ce qui reste du bruit originel…

« I/III » parmi ses innombrables richesses, trouve en cette définition quelques accointances, notamment dans l’impact précis de son propos qui atteint une profondeur d’âme tant parasitée par le monde extérieur. Par une approche surréaliste, dans le sens André Breton du terme, Pascal Bouaziz délivre une écriture immédiate et crue. Débitant le chaos de l’âme humaine dans une langue très organique, gluante, le chanteur poétise à la façon d’un disciple de Nietzsche, en se libérant, tant que faire se peut, du joug de son éducation, de son histoire. Que ce soit dans Requiem, auto épitaphe interprétée avec une sorte de dédain pour sa propre identité ou dans le conclusif Adieu, l’homme affronte sa personnalité en duel à mort. On peut lire beaucoup de théories sur la capacité de Pascal Bouaziz à parler à et de la mort, notamment avec son groupe Mendelson, il nous apparaît plus juste de dire qu’il maîtrise un phrasé et une écriture si profonds qu’ils font par essence référence à la fin. Transpercent également les pages blanches du monsieur, la violence et le dégoût, une misanthropie radicale déversée aux manifestants, à la province, à la sécu, dans une liberté totale, il finira par haranguer l’auditoire en l’engageant à « manifester pour la suppression de l’humanité ». Une absence manifeste de tabou au rythme d’une écriture instinctive, précise dans le désordre, anarchique dans l’efficience, qui offre une poésie rappelant la prose d’un Léo Ferré, réglant son compte au parasitage constant de la société sur sa condition d’humain. Magnifique, désarmant.

Mais Bruit Noir est un projet qui doit son existence avant tout à Jean-Michel Pires, un des deux batteurs de Mendelson, invitant son acolyte à poser ses textes sur des compositions exclusivement basées sur des percussions et cuivres. Et, mon dieu, quelle beauté, l’orchestration offre un écrin à la mesure de la force magnétique des paroles. Rappelant, à dessein, Joy Division, évoquant l’inconfort des scènes du cinéma de David Lynch, « Mitch » assène une nappe sonore entre violence et précision. À ce titre l’influence des défricheurs de Suicide semble évidente, un Suicide tribal, chamanique, presque charnel. À l’image du flot vocal de son compère, la violence fait référence à l’écho frappant que ce disque trouve en nous, plus qu’à une forme d’agressivité: il n’y a ni saturation, ni hurlement, ni rythmique hardcore, loin de là, la sensation en est d’autant plus décuplée.

« I/III » est de ces albums qui dépassent le stade des goûts tant il fait résonner en nous des démons enfouis, souvent insaisissables. Pour quiconque s’y retrouve, il contient nombre de paroles qu’on aurait rêvé d’écrire. De toute évidence, un tel impact impose de prendre du recul, et il est évident qu’une démarche tant jusqu’au bouliste n’est pas vouée à rencontrer un large auditoire. Mais que ce soit dans le verbe, l’interprétation ou la composition, ce premier album de Bruit Noir nous a tout offert, la beauté, l’originalité, la résonance et exerce sur nous une emprise totale. Cette emprise, malgré le propos au premier degré, n’a rien de maléfique. »I/III » jette un regard écœuré sur son prochain, soit, mais tout sauf humaniste, cet opus est certainement un des plus humains que l’on ait entendu jusqu’ici. C’est bien pour cela que, pour peu que l’on entre dans leur univers, ces compositions sont loin de vous plonger dans une dépression grossie et vulgaire mais opèrent comme un défouloir salvateur, presque de la musicothérapie pour marginal.

PS : Première date live annoncée, « Release Party » à Paris le 15 Décembre au Klub (14 Rue Saint Denis, 75001).

L’album s’accompagne de vidéos, non moins conceptuelles, disponibles sur youtube au prix d’une recherche « Bruit Noir – I / III », en voilà un exemple :

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Tracklist

  1. Requiem
  2. Joe Dassin
  3. L'usine
  4. Joy division
  5. Je regarde les nuages
  6. La province
  7. Manifestation
  8. Low Cost
  9. Sécurité sociale
  10. Adieu

La disco de Bruit Noir

II/III10
100%

II/III

I/III9
90%

I/III