II/III


Un album de sorti en chez .

10

La lente descente aux enfers d'une horde de misanthropes.

« I/III » nous avait inspiré un « Mais que va-t-il bien pouvoir se passer après cela ???!!!« , voici donc la réponse 3 ans plus tard. Le premier opus du triptyque avait littéralement tout emporté sur son passage, le genre de production qui ravage les us et coutumes des mélomanes avertis. Le résultat fut un succès total à nos oreilles et entre les deux. Comme tout bon pavé dans la mare qui se respecte, le succès fut loin d’être partagé. Cette non reconnaissance mais surtout ce sentiment de ne pas faire « partie(s) du monde » va hanter ce nouvel opus de tout son long.

A cela, rien de bien nouveau, avec « I/III », on était loin d’une bande originale de Disney. Ce qui est notable, c’est l’évolution du discours. Au lieu d’énumérer les entités de la société qui l’agressent, Bouaziz parle d’abord de lui et de son regard. Car faute d’action, Bouaziz en est réduit à un état, par dépit. Par ce biais, « II/III » va être beaucoup plus lié, consistant, traversé par un fil rouge plus prononcé. Aussi, musicalement, Pires va prendre un parti radical, dans le même sens, par rapport au premier opus. Exit l’indus parfois violent et les cuivres stridents, l’ambiance se veut vaporeuse, diffuse, aqueuse rappelant le délitement constant qui habitait « Haïkus« .  L’éloquence se voit différente, finies l’urgence, l’oppression, la rage. « II/III » fait preuve de plus de monotonie désabusée, de fatigue.

Parce que voilà, si le premier tome avait des airs d’appel au génocide, faisait preuve d’une forme d’énergie qu’on pourrait appeler rage, son successeur évoque plus une défaite, des tendances au mieux pour l’ermitage (clairement évoqué dans l’album) au pire suicidaires. Traversé de tout son long par des intermèdes captés dans les rames de métro agrémentés de pensées courtes, balancées à la volée, cette nouvelle perle de noirceur se vit comme un voyage, un voyage en sous-sol, puant, pollué, parasité par la médiocrité épuisante.

Encore une fois, il y a plusieurs degrés de lecture dans les textes, et encore une fois la beauté de l’écriture et de l’interprétation tient beaucoup dans le brouillage des pistes, à aucun moment on ne sait réellement s’il s’agit de premier degré, de deuxième, troisième… Cette absence de repères est précisément ce qui fait de l’oeuvre de Bruit Noir un culte par excellence, et par la même, un échec commercial annoncé. Le sujet est notamment évoqué dans le titre 1967, quand l’artiste fait part, non pas de sa nostalgie mais de son dégoût de l’évolution. Aussi, en dehors de cette iconoclastie et de ce nihilisme ambiant, Bouaziz a un vrai don impressionnant qui consiste à glisser spontanément une locution, une paraphrase totalement magique dans un océan de textes primaux, crachés à l’instinct. Ainsi, il semblerait qu’un homme haut placé ait signifié à Bouaziz qu’il n’était pas un poète… Il vomit son art comme s’il souffrait d’une indigestion constante, et en ce qui nous concerne Pascal Bouaziz est un poète comme Ferré l’entendait,

Un poète ça sent des pieds
On lave pas la poésie
Ça se défenestre et ça crie
Aux gens perdus des mots fériés.

On parle beaucoup de Bouaziz dans ces lignes, mais le travail instrumental, de production et d’arrangements est impeccable. Pires produit une ambiance brumeuse et effacée encore une fois en parfaite symbiose avec Bouaziz. Le terme symbiose semble même être en deçà, il est impossible de dissocier les différents éléments, on se retrouve face à une entité informe où les syllabes et les sons non vocaux dansent ensembles comme un hommage à Camille Saint-Saëns.

Sémantiquement, « II/III » pourrait se situer entre La Solitude de Ferré et Mourir A Plusieurs de Arno. Mais ce pont sinueux entre ceux-ci, oeuvre de deux artistes hallucinés, par défaut d’autre chose, nous plonge dans l’addiction en quelques notes. A l’instinct, on n’a pas envie d’y aller sur ce fameux pont branlant, précaire, mais une fois franchi le pas, tout s’est écroulé derrière-nous, et il n’y a plus d’autre choix que de s’engouffrer vers l’avant, bien que, il est inutile de regarder devant vous car devant c’est derrière, la nuit c´est le jour.

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Tracklist

  1. M1 - Interlude
  2. Le succès
  3. M2 - Interlude
  4. Paris
  5. M3 - Interlude
  6. L'europe
  7. M4 - Interlude
  8. Romy
  9. M5 & M6 - Interlude
  10. Les animaux sauvages
  11. M7 - Interlude
  12. Des collabos
  13. M8 - Interlude
  14. 1967
  15. M9 - Interlude
  16. Partir
  17. M10 - Interlude

La disco de Bruit Noir

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