Calexico - Carried To Dust

Carried To Dust


Un album de sorti en chez .

Joey Burns et John Convertino, du fin fond de leur repaire poussiéreux de Tucson, Arizona, ont su conquérir un public qui leur est particulièrement fidèle, surtout en France. Tiraillés entre le souffle épique que leur inspirent les paysages désolés d’une Amérique désertique et fantôme, et la frontière toute proche avec le Mexique, avec son lot […]

Joey Burns et John Convertino, du fin fond de leur repaire poussiéreux de Tucson, Arizona, ont su conquérir un public qui leur est particulièrement fidèle, surtout en France. Tiraillés entre le souffle épique que leur inspirent les paysages désolés d’une Amérique désertique et fantôme, et la frontière toute proche avec le Mexique, avec son lot de mariachi, de chants plaintifs qui crient la douleur de ne pas pouvoir passer la frontière, ils sont constamment sur la brèche. Ils se nourrissent de cette ambiguïté, s’abreuvant de ces deux mondes qui ne devraient apparemment jamais s’être rencontrés, n’y avait-il pas eu Calexico pour pulvériser cette barrière si absurde.
 
Il y a d’emblée un élément qui saute aux oreilles de l’auditeur avisé, en effet, la voix de Joey Burns a enfin pris toute son ampleur, et se déploie, épanouie comme jamais. Et c’est bien le sublime The News About Wiliam, qui en apporte la preuve la plus éclatante. Ce morceau fait chaud au cœur car il prouve que Calexico a retrouvé l’inspiration cinématographique de « Feast of Wire », on pense notamment à des morceaux comme Suncken Waltz ou encore Close behind. Mais ce serait se méprendre de reconnaître une certaine « Calexico touch », car dans le foisonnement des morceaux, il est difficile d’établir une identité déterminée à la musique du groupe. Prenons par exemple Man Made Lake. A première vue, cette chanson semble atypique mais à y regarder de plus près, on serait presque tenté d’y reconnaître Calexico, si on n’avait pas été averti auparavant.
 
Mais ce virage pop prend brutalement une contre-allée, et part se fourguer sur une place publique d’un quelconque village entre El Paso et Cidade Juarez, avec Inspiracion. Calexico a l’art de brouiller les pistes, mais c’est aussi ce défaut mû en qualité qui fait le charme de ce groupe à part. Two Silver trees induit aussi en erreur avec ses premières notes orientalisantes, dues à un instrument à corde chinois, le guizeng. Le jeu de batterie et de percussion de John Convertino, reconnaissable entre mille, sert néanmoins de boussole à l’auditeur égaré, surtout sur House of Valparaiso, morceau sur lequel le fidèle Sam Beam, d’Iron and Wine, est venu prêter sa voix. Et puis, rien de mieux que d’intégrer une trompette mariachi sur un morceau dominé par les guitares électriques, Fractured Air (Tornado Watch), en plus cela est fait sans faute de goût, car elle fait partie intégrante de l’univers de Calexico.
 
On est tenté de conclure avec le constat suivant, à savoir que Calexico n’arrivera jamais à rempiler pour nous pondre un chef-d’œuvre de l’ordre de « Feast of Wire ». Cet album, véritable ovni, bourré à craquer d’ambiances, de sonorités à couper le souffle fut une telle claque, que « Carried to dust » ne lui arrivera jamais à la cheville. Cela dit, on ne va pas se plaindre pour autant, car leur dernière réalisation vaut largement le détour, malgré quelques fausses notes. Joey Burns et John Convertino se sont sûrement assagis, mais détrompez-vous, ils risquent encore d’émoustiller nos oreilles toutes conquises à leur musique affranchie de tout repère, libre et fière de l’être.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Victor Jara's Hands
  2. Two Silver Trees
  3. The News About William
  4. Sarabande In Pencil Form
  5. Writer's Minor Holiday
  6. Man Made Lake
  7. Inspiracion
  8. House of Valparaiso
  9. Slowness
  10. Bend To The Road
  11. El Gatillo - Trigger Revisited
  12. Fractured Air - Tornado Watch
  13. Falling From Sleeves
  14. Red Blooms
  15. Contention City
  16. Polpo - Bonus Track

La disco de Calexico