Encore une fois en 2017, le premier album d'un groupe qui n'est pourtant plus un nouveau venu.

Au risque de rabâcher, la publication de ce disque montre que 2017 est définitivement l’année de la remise à l’honneur du format album tant le schéma qui voit un groupe publier son premier opus après de longs prémices se répète. Dans cette catégorie, les Texans de Cigarettes After Sex battent tous les records puisque cela fait maintenant cinq ans que le groupe existe et distille parcimonieusement ses morceaux langoureux et éthérés sur YouTube, avec un succès plus que certain puisque, en 2015, leur EP « Nothing’s Gonna Hurt You Babe » cumule le nombre insensé de 53 millions de vues… De quoi gentiment coller la pression et convaincre la troupe de Greg Gonzalez, la voix de Cigarettes after sex, que, s’ils devaient publier un album, mieux valait qu’ils ne se loupent pas.

Aujourd’hui que cet album existe, on se demande sincèrement si c’est vraiment la peine de chercher à l’évaluer et de donner un avis. Car, à son écoute, il est clair que tous les a priori vont se déverser dessus : ceux qui sont tombés sur les morceaux du groupe par le bouche à oreilles récurrent et n’ont pas été plus bouleversés que cela lanceront des appels à cesser l’extase béate et le recours aux superlatifs devant un groupe qui ne fait que délayer à l’envi une formule rodée mais redondante, tandis que ceux qui sont déjà tombés dans les filets envoutants du groupe clameront leur indéfectible amour. Au milieu restent ceux qui se sont volontairement ou non tenus à l’écart du buzz et qui peuvent s’intéresser à cet album de manière dépassionnée. Ceux-ci commenceront peut-être par découvrir que, au sein de Cigarettes After Sex, ce n’est pas une demoiselle qui assure le chant mais, comme on l’a déjà dit, Greg Gonzalez, écrivain qui a décidé il y a quelques années de parer ses souvenirs sensuels et érotiques de quelques notes de guitare et arrangements délicats promulgués par quelques amis musiciens et de les susurrer de sa voix androgyne et douce. Ils ne tarderont ensuite pas à cerner l’identité du groupe : en plus de cette voix atypique et charmeuse, leurs morceaux s’appuient tous sur de longs écheveaux de guitare planants soutenus par une section rythmique discrète et appliquée.

En résulte un album qui, s’il faut lui donner une étiquette, tombera naturellement dans la catégorie dream-pop, versant mélancolique, qui installe son climat dès l’introductif K., le tient jusqu’au bout avec des moments qui retiennent plus particulièrement l’attention que d’autres. K., Apocalypse, Each Time You Fall In Love, Sweet, Opera House, sont ainsi tous des morceaux imparables, à la mélodie et à la musicalité limpides et parfaitement interprétés. A d’autres moments, l’inspiration est moins évidente et, en dépit du climat languide toujours de mise, imperceptiblement, le groupe se raidit, devient moins « musical » et, forcément, plus monotone. On pense notamment à Sunsetz ou Flash. Au final, on obtient un album qui, quelle que soit l’ampleur de son succès, est le résultat concret d’une histoire qui s’est nouée entre des musiciens qui ont cherché un moyen d’expression et un public qui a été sensible à leur démarche. Et, même par les temps qui courent, on a le droit d’aimer les belles histoires, sans chercher à savoir si celle-ci sera durable.

Rédacteur en chef
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La disco de Cigarettes After Sex

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