Grey oceans


Un album de sorti en chez .

Avec les soeurs Casady, c’est chaque fois pareil : quand un nouvel album est annoncé, l’intérêt se mêle d’une vague crainte. La faute au charme toujours aussi envoûtant de "La Maison De Mon Rêve", ce premier album sorti il y a pourtant plus de six ans. Un album écrit à quatre mains et avec trois […]

Avec les soeurs Casady, c’est chaque fois pareil : quand un nouvel album est annoncé, l’intérêt se mêle d’une vague crainte. La faute au charme toujours aussi envoûtant de "La Maison De Mon Rêve", ce premier album sorti il y a pourtant plus de six ans. Un album écrit à quatre mains et avec trois bouts de ficelle, émouvant autant pour ses qualités que ses défauts. Et pourtant, CocoRosie n’est pas le groupe d’un seul album, la suite est parvenue à prolonger la magie, même si "The Adventures Of Ghosthorse And Stillborne" dernier album en date, a un peu peiné à s’incruster durablement sur la platine.

Sur "Grey Oceans", on repère d’abord les éléments familiers, question de réflexe. Un morceau qui démarre un peu façon cartoon (Hopscotch), le recours à quelques textures électro déjà entrevues sur le dernier album (Smokey Taboo, Fairy Paradise…), des mélodies qui voguent parfois vers des horizons exotiques (Smokey Taboo et sa mélodie orientalisante notamment). Pourtant, passé ce premier constat, ce qui retient l’attention, c’est la disparition des éléments les plus "naïfs" au sens non-péjoratif du terme de la musique de CocoRosie. Pas de petits gimmicks animaliers, pas de mélodies enfantines. Ensuite, le recours au piano est ici plus poussé que sur les albums précédents. Influence de leur ami Antony ? Possible, en tout cas, Grey Oceans, Undertaker, sont des moments d’une pureté limpide. Des morceaux sur lesquels CocoRosie ne renie en rien son côté fragile, délicat, en y ajoutant un soin dans le jeu, les arrangements.

Ce soin apporté à chaque élément est d’ailleurs la grande constante de "Grey Oceans" et permet à CocoRosie de faire montre d’une véritable évolution dans l’approche de l’écriture. Fairy Paradise, notamment, bluffe par son recours à une rythmique électro rapide sur lequel le chant se fait lui au contraire langoureux, bousculant les dynamiques. De même, Undertaker, Trinity’s Crying ou Undertaker se jouent avec aisance des schémas pour imposer un ton, une approche mouvante qui fait que l’on ne sait jamais quelle direction vont prendre les morceaux, qu’on se laisse complètement bercer par les deux frangines. Enfin, si CocoRosie caressait jusque là la mélancolie par instants, "Grey Oceans" s’y plonge beaucoup plus profondément. Mais ce n’est pas une mélancolie poisseuse ou morbide mais plutôt l’exploration de ce sentiment, avec une palette tout en nuances qui fait souvent jaillir de véritables moments de poésie et donne de l’épaisseur à leur musique. "Grey Oceans" est donc véritablement la chronique d’une nouvelle page qui s’ouvre. CocoRosie est désormais un duo en pleine maîtrise de son art, affranchi de son passé, sans pour autant lui tourner le dos, prêt à regarder devant. 2010 s’en souviendra.

Rédacteur en chef
  • Publication 408 vues5 mai 2010
  • Tags CocoRosiePIAS
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Tracklist

  1. Trinity's Crying
  2. Smokey Taboo
  3. Hopscotch
  4. Undertaker
  5. Grey Oceans
  6. R.I.P. Burn Face
  7. The Moon Asked the Crow
  8. Lemonade
  9. Gallows
  10. Fairy Paradise
  11. Here I Come
  12. St. Michael