(III)


Un album de sorti en chez .

9

Comme la majorité des groupes intéressants apparus ces dernières années, Crystal Castles ne brillent pas tant par leur originalité que par leur capacité à assimiler nombre d’influences pour en ressortir une interprétation personnelle. Ethan Kath fait donc preuve d’une habileté indéniable pour citer aussi bien les sonorités électro des défricheurs des années ’80 que celles […]

Comme la majorité des groupes intéressants apparus ces dernières années, Crystal Castles ne brillent pas tant par leur originalité que par leur capacité à assimiler nombre d’influences pour en ressortir une interprétation personnelle. Ethan Kath fait donc preuve d’une habileté indéniable pour citer aussi bien les sonorités électro des défricheurs des années ’80 que celles de l’esprit « trans » des années ’90 ou plus recherchées de la dernière décennie. Avec Alice Glass, il a trouvé la comparse idéale pour donner une touche à la fois glamour, incendiaire et débraillée à sa musique, y faire souffler un esprit « rock » et ainsi rallier des chapelles qui se regardent souvent en chiens de faïence. Sur leur second album (II), ils avaient démontré qu’ils savaient aussi écrire de vrais morceaux, polir les angles pour le meilleur, et on les avait applaudis à deux mains. Mais comme la musique est ingrate et ne se nourrit que d’exigences, on craignait que l’opération polissage s’amplifie sur ce nouvel album, l’implacablement nommé (III) et que notre duo rentre sagement dans le rang d’une électro-pop qui n’a jamais bousculé grand-chose.

A cet égard, Plague et Wrath of god, les deux morceaux envoyés en éclaireurs et qu’on retrouve en début d’album ont parfaitement entretenu le suspense : refrains urgents et vite accrocheurs, textures épaisses, chant un peu étouffé, maîtrisé sans être dompté, on obtient là une synthèse entre une forme tout à fait abordable sans tomber dans le trop lisse. Cependant, à l’écoute du reste de l’album, il apparaît vite que si les Canadiens délaissent une violence manifeste, optant globalement pour des morceaux au tempo moins frénétique que par le passé, Alice Glass laissant les scories vocales de côté, cette évolution ne se fait pas au détriment de l’ambition. Car (III), c’est avant tout un climat, lourd, épais, brumeux. Que ce soit sur Affection, Pale Flesh, et plus encore sur la seconde moitié du disque, les nappes sonores tournent en boucle, vont à rebours plus souvent qu’à l’endroit, créant une ambiance oppressante sans tomber non plus dans le gothique. La voix d’Alice Glass, un peu en retrait derrière ce mur du son, trouve paradoxalement toute sa pertinence. Avec son timbre particulier, souvent au bord de la rupture, elle donne encore plus de consistance et de dramaturgie à l’ensemble, semblant se débattre dans une gangue sur le très convaincant Affection ou le menaçant et en même temps planant Violent Youth.

 

Mais ce qui achève de nous convaincre de la réussite de l’entreprise, c’est que, contrairement à nombre de leurs prédecesseurs qui, en quête de reconnaissance et de respectabilité, ont au fil du temps oublié que l’électro était née dans les clubs, Crystal Castles ne tourne pas le dos à ces fondamentaux, alignant avec Insulin et Transgender deux belles machines à donner des fourmis dans les jambes tout en distillant ce spleen qui imprègne tout l’album. Cerise sur le gâteau, avec Child I will hurt you, ils terminent par une improbable ballade à la sublime lumière noire. Ca calme.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Plague
  2. Kerosene
  3. Wrath Of God
  4. Affection
  5. Pale Flesh
  6. Sad Eyes
  7. Insulin
  8. Transgender
  9. Violent Youth
  10. Telepath
  11. Mercenary
  12. Child I Will Hurt You

La disco de Crystal Castles