Brothers & Sisters Of The Eternal Son


Un album de sorti en chez .

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Libéré de ses multiples tourments et autres désordres existentiels, Damien Jurado démontre avec ce douzième album qu'il réside bien comme l'une des figures de proue respectable du songwriting américian.

« Damien Jurado est libéré de ses foutus états d’âme. Ceci n’est pas un phénomène récent mais bien un aspect important trop souvent ignoré de son travail […] Il est le personnage de chacune de ses compositions . Il est le pistolet, le fourmilier pourpre, les ailes de papier, l’avalanche, le spectacle de la catastrophe aérienne, l’Ohio, le fantôme de la femme de son meilleur ami. Il s’agit d’un univers à lui seul, avec son propre symbolisme, mythe de la création et de la liturgie. Vous pouvez appeler ceci « religion », mais votre religion est un personnage de la sienne… ». Ces quelques mots écrits par l’ex-Fleet Foxes Father John Misty évoquent parfaitement l’essence même du nouvel album de Damien Jurado, « Brothers & Sisters Of The Eternal Son ». Après avoir traversé deux décennies musicales et autant d’épreuves d’ordre personnel, l’inusable songwriter originaire de Seattle semble s’être définitivement détaché de ses vieux démons afin de poursuivre sa rédemption salutaire entrevue il y a deux ans sur « Maraqopa », recueil où ses compositions brillaient par une trame mélancolique prise symboliquement à contrepied.

Nouvelle étape d’un triptyque entamé depuis « Saint Bartlett » (2010), « Brothers & Sisters… » est donc le dernier né de la collaboration entre le compositeur américain et le producteur Richard Swift, son fidèle homme de l’ombre habilité mieux que quiconque pour sublimer ses fresques en convertissant, au gré d’arrangements subtils, leurs versants asthéniques en véritable pièce d’orfèvrerie. Animé par la perspective d’une existence divinatoire extra-terrestre, ce nouvel album dépeint les fantasmes et velléités d’un Damien Jurado en quête de nouvelles croyances, exorcisant de manière artistique les pratiques religieuses parfois démesurées de son Amérique natale. Ce thème surnaturel et semi-revendicatif confère à cette extraordinaire odyssée une teinte de mysticisme épique et salvatrice, parsemée entre americana moderne (Magic Number, Return To Maraqopa), pop envoûtante (Silver Donna, Silver Malcolm, Suns In Our Mind) et folk-songs dépouillés (Silver Joy, Silver Katherine), élevés dans la fragile élégance caractéristique de son géniteur. Mais c’est davantage dans la densité et l’alternance mélodique que le duo Jurado/Swift rayonne en premier lieu, appréhendées en l’état par un référencement sonore pouvant s’étendre du courant tropicaliste brésilien des seventies (Silver Timothy) jusqu’aux ritournelles downtempo usuelles des songwriters de cette même époque (Metallic Cloud), mais aussi sur un savant amalgame entre soul afro-américaine et escapades cinématographiques au détour de l’homérique Jericho Road, dernière croisade préapocalyptique en Terre-Sainte que l’on pourrait aisément associer à un blockbuster de Tarantino.

La clé du succès de cet énième ouvrage réside peut-être ici. Au lieu de s’évertuer à transposer ses maux en musique comme cela fut si souvent le cas sur la première partie de sa carrière, Damien Jurado s’adonne désormais en prescripteur d’un univers inventif à la beauté éblouissante, tel un film de science-fiction dont il aspirait en être simultanément le scénariste privilégié et son principal héros.  À n’en pas douter, ce nouvel album aux allures pelliculaires compte parmi les plus aboutis de sa longue discographie.

 

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