Heroes


Un album de sorti en chez .

9

La nouvelle mue de David Bowie a opéré, un nouveau chef-d'oeuvre à la clé...

Eté 77, Berlin Ouest, David Bowie se reconstruit. Au contact d’un environnement bien moins malsain que le Los Angeles qu’il a quitté, l’Anglais trouve en Eno et l’ambiance artistique de la ville sa rédemption. En guise de thérapie défouloir, les deux compères ont réalisé « Low » quelques mois plus tôt. En celui-ci résidait tout le malaise occasionné par la lutte intérieure de l’artiste et le refus de la compromission entre deux approches musicales antinomiques. Un accouchement dans la douleur inhérent au renouveau auquel aspirait Bowie. « Low » est né avec l’idée originelle de créer un « nouveau langage musical », c’est cela qui nous fera dire que, au contraire de son image qu’une certaine police du goût musical voudrait nous imposer, ce premier opus berlinois est l’album de transition par excellence, l’exutoire qui aura semé les graines de ses magnifiques successeurs. Au premier rang de ceux-ci, « Heroes », peut-être le plus digne représentant d’une certaine idée de la musique populaire.

Premier élément, et certainement le plus essentiel, l' »ingénieur » Eno et les instinctifs que sont Bowie et son ensemble rythmique américain, ont visiblement trouvé des vecteurs de communication qui auront mis le temps de « Low » à se dessiner. Dans « Heroes » on entend des compositions naturelles, déliées, percutantes et à l’efficacité instantanée, l’empreinte d’une alchimie retrouvée. Le plus frappant quant à son illustre prédécesseur est que l’opus semble allégé des sonorités futuristes ostentatoires autant que de ses relents de funk. L’approche, recentrée sur la mélodie, va mettre d’autant plus en valeur le travail des artistes.

L’album démarre avec un Beauty And The Beast dont les 30 premières secondes résumeront mieux que toutes les lignes de chronique du monde son contenu : piano épuré en plusieurs couches rythmiques ponctué d’un étrange bruit saturé et synthétique, la guitare s’immisçant par quelques notes furtives et la montée en puissance imparable. Le chant est retrouvé, toujours un brin funky contrasté par quelques digressions pop en décalage complet, Bowie semble libéré. A l’image du Blackout, son alter ego, les vocaux (Bowie et ses chœurs) trouvent parfaitement leur place, sans en faire trop, toujours proches de la rupture, mais jamais du mauvais côté. En ces deux titres sommeillent toutes les promesses de la nouvelle décennie à venir, ce qui met d’autant plus en relief le gâchis qu’auront (globalement) constitué les 80’s tant pour Bowie que pour d’autres. En point d’orgue de la démarche « expérimentalement populaire », on ne présente plus le morceau titre de l’album, troisième dans la chronologie. Le chant semble plus conventionnel, mais attardez-vous quelque peu sur le jeu que celui-ci entreprend avec la partie instrumentale et les trouvailles de production avant de hâtivement juger ce bijou de composition comme une compromission commerciale de notre héros. Heroes symboliserait presque à lui seul ma vision de Bowie, le chantre de la musique populaire exigeante.

A côté de cela Sons Of The Silent Age, sorte de ballade martienne, ressuscite l’OVNI Ziggy nous contant son monde. C’est alors que V2 Schneider marque la rupture, celle de l’abandon à l’instrumental. Les rares phases chantées qui suivront sembleront plus faire office d’un instrument en plus de l’orchestre qu’autre chose. Encore une fois, un résultat brillant, que ce soit sur V2… que sur les plus minimalistes Sense Of Doubt, Moss Garden ou Neukolln. Les ambiances sont synthétiques mais semblent respirer. Elles nous dépeignent un tableau, une fresque d’états d’âmes humains dont Neukolln apporte la digestion, la maturation par la synthèse, ou la définition même du travail artistique de David Bowie. Bien entendu, ces moments, bien qu’on y ressente la présence de notre homme offre un terrain de jeu rêvé à Brian Eno qui y excelle par sa science du travail studio. L’album se clôturera avec un The Secret Life Of Arabia qui nous semblera plus dispensable, au regard de tout ce qui a précédé, sans doute un peu trop lissé.

Durant les années ’70, David Bowie a banalisé les qualificatifs tels que efficace, exigent, magique, novateur, inspirant, inimitable. « Heroes » atteint un tel niveau dans tous ces critères qu’il semble aberrant de se dire qu’il n’est pas esseulé dans la discographie de l’artiste. Un artiste dont le décès aura eu le mérite de nous replonger dans ses chef-d’œuvres, dont quelques-uns, et non des moindres, nous étaient atrocement peu connus.

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Tracklist

  1. Beauty and the Beast - 2017 Remaster
  2. Joe the Lion - 2017 Remaster
  3. Heroes - 2017 Remaster
  4. Sons of the Silent Age - 2017 Remaster
  5. Blackout - 2017 Remaster
  6. V-2 Schneider - 2017 Remaster
  7. Sense of Doubt - 2017 Remaster
  8. Moss Garden - 2017 Remaster
  9. Neuköln - 2017 Remaster
  10. The Secret Life of Arabia - 2017 Remaster

La disco de David Bowie

70%

Blackstar

The Next Day9
90%
Heathen9
90%

Heathen

Outside9
90%

Outside

Let’s Dance9
90%

Let’s Dance

Low7
70%

Low

Heroes9
90%

Heroes

Young Americans9
90%
Aladdin Sane9
90%
Hunky Dory10
100%
Space Oddity9
90%
David Bowie
0%