Outside


Un album de sorti en chez .

9

L'album du vrai retour aux affaires, ambitieux, conceptuel et mythomane.

David Bowie me faisait du bien. Quand on devient fan de musique pop, on se voit imposer des figures tutélaires, quasi-obligatoires, alors qu’on aimerait se forger les siennes, et c’est parfois pesant. Mais Bowie a toujours eu le bon goût de ne pas se placer au-dessus de l’époque, mais de s’y fondre. Ainsi, en porte à faux avec les contemporains des albums des Beatles et autres Beach Boys qui nous toisaient de haut en clamant avoir connu l’âge d’or de la pop alors que nous n’aurions jamais droit qu’à de pâles ersatz, Bowie absorbait tout, s’enthousiasmait sans snobisme pour mieux se réinventer. Et ce jusqu’au bout. C’est ce qui à mon sens en fait un modèle, pour tout artiste, pour tout homme.

« Je dois le reconnaître, dans les années ’80, je n’ai pas été à la hauteur ». Le constat vient de Bowie lui-même, au moment de la sortie d' »Outside ». Piégé par le succès de masse alors qu’il éprouvait le besoin de revenir à plus de simplicité et de sortir des excès pour ne pas sombrer corps et bien, insuffisamment stimulé par une époque qui n’offre pas grand-chose en termes de contre-culture, notre homme se laisse aller jusqu’à ce que sa mauvaise conscience le pousse à se glisser dans le pseudo-anonymat de Tin Machine, groupe peu inspiré qui ne restera pas dans l’histoire. Mais au début de la décennie suivante, ça (re)commence à secouer : les guitares reviennent à l’honneur, on appellera ça la noisy pop en Angleterre, le grunge et l’indus outre-atlantique. Dans le même temps, d’autres font transpirer les machines et font entrer l’électro dans une nouvelle ère. Dès 1993, Bowie revient sous son propre nom avec « Black Tie, White Noise », et, même si ce n’est que par intermittences, on pressent qu’un retour au premier plan artistique est possible. Deux ans plus tard, tous les ingrédients sont là : « Outside » est annoncé comme un double album concept dans lequel Bowie renoue avec l’invention d’un double, Nathan Adler, narrateur et personnage d’une étrange enquête épopée entre passé et futur, de Berlin à New-York, soit tous les lieux marquants où Bowie a vécu, où il est question de performances et de trafics morbides de body-art, d’identités troubles… Le concept en lui-même peut paraître fumeux, mais l’essentiel n’est pas là : pour la première fois depuis près de quinze ans, Bowie assume de nouveau sa fibre mythomane, son goût pour l’outrance et le danger.

Evidemment, c’est musicalement que l’on attend Bowie au tournant. « Outside » est d’abord l’album d’un magnifique chanteur. Vocalement, ce pourrait même être le sommet de sa carrière. La montée d’Outside, l’urgence de Hallo Spaceboy, l’explosion lyrique de The Motel, la justesse de I’m Deranged, ce ne sont là que quelques exemples de la palette développée tout au long de l’album. Sur la forme, Bowie a convié nombre de personnalités et d’éléments qui ont fait sa gloire et la réussite de ses grands albums. Mike Garson prend ainsi le piano et invite les boucles virevoltantes d »Aladdin Sane » sur la splendide ballade urbaine The Motel, déstructure les tortueux A Small Plot Of Land et The Voyeur Of Utter Destruction (As Beauty), Carlos Alomar est à la guitare rythmique pour agrémenter de son style chaloupé l’ensemble de l’album. Mais « Outside » est tout sauf un disque sur lequel Bowie cherche à reproduire artificiellement les plus belles heures de sa carrière. Il faut plutôt y lire la preuve que, pour la première fois depuis longtemps, le désir de frapper un grand coup le guide. Ainsi, tous les éléments pré-cités vont cohabiter avec d’autres directement marqués par l’époque pour faire d' »Outside » ‘l’immense album d’un artiste qui y fait allégeance sans se renier. « Outside » est à la fois une orgie pop, avec des titres à l’évidence désarmante (Outside, I Have Not Been To Oxford Town, No Control, We Prick You, I’m Deranged, Stangers When We Meet), un album traversé par les secousses tectoniques de l’indus, Bowie s’étant déclaré grand fan de Nine Inch Nails (Hallo Spaceboy deviendra un titre emblématique, tout comme The Hearts Filthy Lesson), un disque expérimental (Brian Eno est là aussi, des boucles electro irriguent A Small Plot Of Land, The Voyeur Of Utter Destruction, I’m Deranged, Thru’ These Architects Eyes, titres qui se jouent des dynamiques traditionnelles). C’est également un exemple rare d’équilibre, surtout pour un double album, exercice périlleux dont il faut souvent ôter quelques éléments dispensables pour garder le meilleur. Un tel accomplissement, peu d’artistes en étaient capables. Après vingt-cinq ans de carrière, Bowie était de ceux-là.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Leon Take Us Outside
  2. Outside
  3. The Hearts Filthy Lesson
  4. A Small Plot of Land
  5. Segue - Baby Grace (A Horrid Cassette)
  6. Hallo Spaceboy
  7. The Motel
  8. I Have Not Been to Oxford Town
  9. No Control
  10. Segue - Algeria Touchshriek
  11. The Voyeur of Utter Destruction (As Beauty)
  12. Segue - Ramona A. Stone / I Am with Name
  13. Wishful Beginnings
  14. We Prick You
  15. Segue - Nathan Adler (I)
  16. I'm Deranged
  17. Thru' These Architects Eyes
  18. Segue - Nathan Adler - Version #2
  19. Strangers When We Meet

La disco de David Bowie

70%

Blackstar

The Next Day9
90%
Heathen9
90%

Heathen

Outside9
90%

Outside

Let’s Dance9
90%

Let’s Dance

Low7
70%

Low

Heroes9
90%

Heroes

Young Americans9
90%
Aladdin Sane9
90%
Hunky Dory10
100%
Space Oddity9
90%
David Bowie
0%