David_Bowie-Young_Americans

Young Americans


Un album de sorti en chez .

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Exil géographique pour un exil artistique, Bowie se fait soulman de génie.

David Bowie avait pour habitude de tuer ses personnages, ses créations avec fracas, le cancer s’est chargé du dernier avec retentissement. Bowie se définissait à mon sens comme peu d’artistes peuvent le prétendre : un défricheur, un sens de l’expérimentation exacerbé qui pourtant n’a jamais pris le pas sur l’efficacité de la mélodie. De plus sa démarche “art total” et son attrait pour la décadence affiché aura ouvert de nombreuses portes aux marginaux de toute sorte.

L’homme est souvent décrit comme une éponge, un vampire qui s’imprégnait de son environnement pour en ressortir une synthèse parfaite, à cet égard deux périodes adjacentes de sa carrière musicale semblent mettre ce génie particulièrement en lumière : sa première période américaine et la trilogie berlinoise qui a suivi (entre 1975 et 1979). De ces deux temps sont sortis des monuments de non-conformisme, notamment à l’égard de son propre univers, et autant de pistes explorées par la suite par nombre de nos propres “stars”. C’est dans cette période aussi qu’il sauve Iggy Pop, après Lou Reed, de la décrépitude, avec à la clé le futuriste et essentiel “The Idiot”, car oui, dernier point, David Bowie rayonnait sur son auditoire mais également sur ses compagnons artistiques. J’ai donc choisi de m’attarder sur “Young Americans”, “Station To Station”, “Low” et “Heroes”.

Nous perdons avec David Bowie un des derniers musiciens qui savaient marier musique populaire et exigence artistique, mais il nous reste tout de même un patrimoine dense et fourni à (re)découvrir encore et encore.

1974-1975, Bowie semble avoir fait le tour de son Angleterre natale et y avoir écumé ce qu’il pouvait d’inspiration musicale. En guise de signe avant coureur, l’album “Pin Ups” sorti en 1973 constitué de covers à ses héros musiciens (des Who à Jacques Brel). Mais ce volcan artistique rêve d’autre chose en ce milieu des 70’s, épurer son(ses) image(s) pour s’adonner à un style plus direct, animal et particulièrement moderne en ces temps : la soul.

Les bagages sont à peine déballés qu’une amie lui fait découvrir l’Apollo Theatre, enceinte mythique, le CBGB de la soul. Dans ses premières soirées passées dans ces murs, Bowie rencontre un des musiciens qui accompagnera le plus longtemps sa carrière, le guitariste Carlos Alomar. Le projet de disque soul se concrétisera rapidement avec l’aide du réseau de Carlos qui intègre Andy Newmark (batteur de Sly And The Family Stone) et un dénommé Luther Vandross dont la notoriété est encore limitée à cette époque.

La rencontre des deux mondes à travers l’esprit d’autant de musiciens géniaux va aboutir à des compositions en ébullition constante, de vrais brûlots presque sexuels. Le chantre de l’androgynie de l’époque compose et interprète une musique du bas ventre, instinctive et animale à la perfection, y ajoutant son grain de décadence, John, I’m Only Dancing, en est un parfait exemple.

Si un titre symbolise au plus haut point la complexité du travail entrepris, avec une rythmique qui tiens de la performance vocale de haut vol, il s’agit bien de Right, dont la finalisation fut, de l’aveu même des choristes, un réel soulagement. Magnifique de précision dans l’enchevêtrement des mesures Bowie/chœurs, le morceau ressemble à un film à la Kubrick pointilleux, inattaquable et pourtant particulièrement efficace et accessible.

On pourrait énumérer chaque titre et ses particularités, mais n’entamons pas la consistance dont “Young Americans” fait preuve. Cuivres, guitares, percussions sont au diapason de l’émulation générale, précises, complexes et efficaces, offrant une densité au disque proprement désarmante.

Petite incartade à notre belle résolution, parlons du hit Fame qui est extrait de cet album. Certainement le titre le plus hybride de l’album, il présage du véritable chef-d’oeuvre qui succédera à “Young Americans”, “Station To Station“. Retrouvant quelques accents plus rock, une sorte de rage sensuelle à la Mick Jagger, Bowie a profité de la présence d’un illustre compatriote également exilé, John Lennon pour composer le titre. Fame est beaucoup plus épuré instrumentalement parlant que ses compagnons sur “Young Americans” et s’articule autour des boucles funky répondant aux riffs rageurs, l’oeuvre du seul Carlos Alomar. Ce morceau phare consacre un peu plus le génie de Bowie dans ce qu’on lui reconnait de synthèse, d’éponge des environnements qui l’entourent.

David Bowie s’est voulu soulman, de notre point de vue d’indéiste, la réussite est plus que totale et sonne comme le glas des Ziggy Stardust, Aladdin Sane et autres ersatz fantasmés de rock star. La magie du métissage des mondes opère d’emblée et plus les écoutes se répètent plus on perçoit le prix, la perfection qui a certainement dû demander une énergie folle. La descente psychotique embrumée par les drogues dures qui s’en est suivie doit certainement y trouver quelques racines. Certes, celle-ci enfantera “Station To Station” et Bowie s’en sortira, alors par pur égoïsme de mélomane, nous n’y verrons pas que du négatif.

S’il ne devait en rester qu’un titre : Fame.

Webmaster

Tracklist

  1. Young Americans - 2016 Remaster
  2. Win - 2016 Remaster
  3. Fascination - 2016 Remaster
  4. Right - 2016 Remaster
  5. Somebody up There Likes Me - 2016 Remaster
  6. Across the Universe - 2016 Remaster
  7. Can You Hear Me - 2016 Remaster
  8. Fame - 2016 Remaster

La disco de David Bowie