Why Hasn’t Everything Already Disappeared?


Un album de sorti en chez .

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Avec Deerhunter, tout change mais rien ne disparaît...

Chaque sortie de Deerhunter est un mini-événement. Non pas par manque de régularité ni même de désertion, car si le dernier LP en date « Fading Frontier » commence à faire son âge, le groupe originaire d’Atlanta est tout de même parvenu à sortir de sa boîte sept albums en dix ans. Ailleurs, il paraît donc évident de trouver les motifs d’une certaine excitation à partir d’autres éléments, comme par exemple de (pour)suivre l’évolution d’un groupe qui a toujours su s’affranchir de sa propre musique, entendez par là de pouvoir renouveler son tissu créatif le plus naturellement qui soit.

En substance, cette septième production offre deux lectures possibles. La première se calque sur ce qui rend Deerhunter si attrayant depuis ses débuts : rafraîchir son contenu, explorer le champ des possibles et faire d’un nouveau disque une somme de morceaux qui sonnent différemment du précédent. C’est dans cet esprit qu’un des pendants du rock, comme le shoegaze ou le garage l’ont été par le passé, n’avait pas encore été fureté par l’aventureuse tête pensante Bradford Cox, qui tend ici vers des reflets baroques, appuyés de clavecins et autres sonorités classieuses donnant à ce tome l’envergure soignée qui lui paraissait idoine. Au-delà de quelques incartades où s’immiscent des fragments futuristes (Nocturne, l’interlude toute en instru Greenpoint Gothic) ou une nervosité passagèrement pondérée (What Happens To People ?), la tonalité d’ensemble se veut résolument bénigne, apaisante, signes d’un constat réfléchi sur le monde actuel que n’indiquait guère la préalable interrogation de son intitulé. Sur son passage, le dernier morceau cité, Death In Midsummer ou Element font le boulot et parviennent à jeter leurs ancres à l’esprit.

La conséquence directe de cet effet caméléon, lorsque l’on connaît vaguement ou sur le bout des doigts la disco du groupe, est également la seconde lecture de l’album. Intrinsèquement, si tout n’est pas à jeter, loin de là, il est plausible d’avoir apprécié Deerhunter sous des jours nettement plus avantageux, à une époque où son inspiration se faisait tranchante et exacerbée, notamment lorsque l’on se remémore les tours de force que furent « Monomania » ou « Halcyon Digest ». En clair, il n’est pas illogique de sentir l’ennui prendre ses marques, l’atmosphère larvée de l’ensemble n’aidant guère, ou de se questionner sur des choix de pistes, comme sur Détournement et son trafic vocal discordant ou l’effet kitsch tout aussi malsonnant des couplets de Plains.

Une chose est sûre, et ce malgré des sensations mitigées qui pourraient en attester du contraire, Cox et sa bande parviennent dans chacune de leurs sorties à illustrer leur génie et le fruit de nombreuses remises en cause. A moins que cette volonté affichée de conquérir chaque territoire musical ne soit finalement la simple résultante de sa propre progression. Le signe que rien de chez eux n’a disparu, surtout pas l’immense bouillon créatif qui est le leur…

 

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  • Publication 835 vues28 janvier 2019
  • Tags Deerhunter4AD
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