Kaputt


Un album de sorti en chez .

Ceux qui connaissent déjà Destroyer, le groupe de Vancouver surtout incarné par le songwriter et chanteur Dan Bejar, attendaient avec impatience l’album qui devait donner suite à l’EP "Bay of Pigs" (2009).  "Kaputt" nous laisse un moment dans le doute ; presque surpris d’être sollicité à ce point par ce qu’on entend, on se demande distraitement […]

Ceux qui connaissent déjà Destroyer, le groupe de Vancouver surtout incarné par le songwriter et chanteur Dan Bejar, attendaient avec impatience l’album qui devait donner suite à l’EP "Bay of Pigs" (2009). 

"Kaputt" nous laisse un moment dans le doute ; presque surpris d’être sollicité à ce point par ce qu’on entend, on se demande distraitement ce que l’on pourrait en faire. Laisser dériver un certain appétit de sensualité semble y être la réaction la plus naturelle. Les trompettes et saxophones réverbérés, qui frémissent à la fin de chaque phrase, donnent à "Kaputt" un côté charnel décisif. Ce qui devrait rapidement chasser toute sensation désagréable liée au souvenir de certaines pratiques de production qui ont ruiné les musiques « nobles », telles le jazz, dans les années 80. Cet album contient ce genre de pratiques et demande dans un premier temps une confiance que les familiers de Bejar lui accordent depuis longtemps.

"Kaputt" commence à vous adoucir et à instiller son pouvoir de sagesse lorsque vous trouvez votre manière à vous de l’adresser. En réalité, le disque ne vous laisse que l’illusion d’avoir le champ libre ; car le plus grand atout de Destroyer, c’est de se donner un genre, une forme racée et séduisante sans marteler aucun gimmick. L’initiation prend sa source dans la voix de Bejar, plutôt narrateur que chanteur, relaxé et concentré sur un objectif qui se révèlera aussi primal qu’intellectuel ; susciter la fascination. Connu pour son humour kaléidoscopique, pour la profusion des références qu’il met en place au monde intérieur et extérieur à ses œuvres, il peut être concis et généreux à la fois, assemblant un patchwork élégant et parfois retords de réflexions d’ex-playboy style Brian Ferry. Il reconnaît que la vie ne manque pas d’allure, mais en laisse aussi saillir les futilités. Ce n’est pas un hasard si Chinatown, le premier titre du disque, s’ouvre sur ces lignes : "Wasting your days chasing some girls, alright/ Chasing cocaine through the backrooms of the world all night". Du fond de sa plastique irréprochable faite de cuivres, de guitares, d’éléments électroniques perdus dans le temps et entrelacés, "Kaputt" finit par vous transformer en un genre de voyeur ; vous ne demandiez même pas d’en percevoir autant. 
 
Suicide Demo For Kara Walker, une pièce de huit minutes évoluant entre jazz progressif et kitsch nostalgique sur basse fretless, est le fruit d’un échange avec, justement, Kara Walker, une artiste dont le travail interroge l’histoire ethnique des Etats Unis. Pour illuminer encore un peu plus le disque de passion, il y a la chanteuse canadienne Sibel Trasher. En duo sur Downtown, le résultat est charmant dans ses nappes d’anciens sons. Les harmonies et les ambiances magnifiques traversant l’ensemble ont tendance à nous réconcilier avec la malice de ce disque. Qu’il nous ait laissé projeter nos propres visions de l’esprit, rêver pour nous-mêmes – la présence du fameux Bay Of Pigs et ses onze minutes d’apesanteur tragique en final – pour ensuite nous rappeler au bon souvenir d’un Dan Bejar presque caustique, on lui pardonne.

Chroniqueur
  • Publication 410 vues24 mars 2011
  • Tags DestroyerMerge
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Tracklist

  1. Chinatown
  2. Blue Eyes
  3. Savage Night at the Opera
  4. Suicide Demo for Kara Walker
  5. Poor in Love
  6. Kaputt
  7. Downtown
  8. Song for America
  9. Bay of Pigs (Detail)