I Bet On Sky


Un album de sorti en chez .

7

Puissance, vulnérabilité, grâce : deux de ces adjectifs définissent le grunge, genre que Dinosaur Jr. a contribué à inventer dès le milieu des années 1980. Le troisième ne s’applique qu’à eux, et encore, seulement depuis qu’il ont fait ce geste passionné de recommencer à enregistrer ensemble après des années à ne plus vraiment se supporter. […]

Puissance, vulnérabilité, grâce : deux de ces adjectifs définissent le grunge, genre que Dinosaur Jr. a contribué à inventer dès le milieu des années 1980. Le troisième ne s’applique qu’à eux, et encore, seulement depuis qu’il ont fait ce geste passionné de recommencer à enregistrer ensemble après des années à ne plus vraiment se supporter. C’était en 2005, Dinosaur Jr passait alors pour un groupe reformé, capable certes de sortir un album, mais ensuite ? Aujourd’hui, ayant franchi le cap en enchaînant sur les 60 minutes brillantes de « Farm » en 2009, ils sont un groupe pareil à n’importe quel autre, engageant des tournées régulières et enregistrant des albums qui repoussent subtilement les frontières de ce qui définit leur son. La différence de taille, c’est qu’après 27 ans, et alors que les Rolling Stones étaient à ce stade de leur carrière entre deux albums oubliés, « Steel Wheels » et « Voodoo Lounge », la musique de Dinosaur Jr est toujours viscérale et leur âme intacte. Ils ne cherchent pas à presser toute l’inspiration hors du fruit ni l’épuiser vainement, mais prennent le temps de construire des albums construits, intéressants, sensibles, cohérents.

Même s’il ne dépasse jamais vraiment les frontières de la formule établie il y a longtemps, « I Bet On Sky », plus court et donc plus digeste que son prédécesseur, explore doucement de nouveaux tempos, de nouvelles textures, et s’écoute avec plaisir, ne serait-ce que pour sa dynamique. De longues ballades électriques à la mélancolie intense, ponctuées en fin de face (sur le vinyle) par les compositions plus urgentes de Lou Barlow bassiste au demeurant qui apporte, ni plus ni moins, sa touche ‘Sebadoh’ (un groupe qu’il a contribué à créer dans l’intervalle) pour changer épisodiquement le ton d’ »I Bet On Sky ».

La voix sourde, nonchalante de J Mascis offre un contraste avec l’énergie coruscante de sa guitare, par le biais de laquelle il entre parfois en communication imaginaire avec ses héros, de Neil Young – pour s’en convaincre, écouter l’épique See It on Your Side qui sonne un peu comme un chanson de « Zuma » (1975) – à Kirk Hammett, virant presque systématiquement en un solo final chaque fois plus émotionnel et toujours différent. Groupe singulier qui, s’il enchaîne les numéros de guitare et les chansons à tiroirs, ne paraît jamais prétentieux, mais presque humble au contraire, se retrouvant naturellement là où il a toujours été.

La grâce de Dinosaur Jr est dans l’habileté de J. Mascis à écrire des mélodies et des textes qui s’adressent directement au cœur de son public, assurant à Dinosaur Jr. une jouvence prolongée, les rendant capables de conquérir un nouveau public en plus de satisfaire leurs fans anciens. Ceux qui ont aimé « Green Mind » (1991) et le tour plus doux que prit la musique du groupe au milieu des années 1990 vont en particulier apprécier « I Bet On Sky ».

Entendre des claviers sur Don’t Pretend You didn’t Know, peut surprendre, mais c’est finalement l’une des choses les plus gratifiantes sur cette chanson assez répétitive qui se termine par une longue plainte d’overdrive là où Watch The Corners ou I Know It Oh So Well cherchent plus clairement à vous faire frissonner tout au long de leurs propres solos. Les franges mélodiques et ambiantes de Don’t Pretend You Didn’t Know souligent directement le ton toujours émotionnel employé par J. Mascis, alors plus minimaliste dans son chant que jamais, puisque sa chanson tourne beaucoup autour d’un seul mot : waiting. La nature vulnérable du groupe est le plus flagrante est sur Almost Fare : «You tell me where to go, shall I meet you? I don’t know ».

Chroniqueur
  • Publication 480 vues18 octobre 2012
  • Tags Dinosaur JrPIAS
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Tracklist

  1. Don't Pretend You Didn't Know
  2. Watch the Corners
  3. Almost Fare
  4. Stick a Toe In
  5. Rude
  6. I Know It Oh So Well
  7. Pierce The Morning Rain
  8. What Was That
  9. Recognition
  10. See It On Your Side