Tongue n’Cheek


Un album de sorti en chez .

5

Dizzee Rascal est, dans les quartiers anglais, aussi proche du statut de légende vivante que ce que ses 24 ans lui permettent. En 2003, à l’aube de la majorité, il invente le « grime », sous-division du rap aux rythmiques imprévisibles et aux sonorités dépouillées ; « Boy in da Corner », album révolutionnaire, brillant, percutant, lui vaut […]

Dizzee Rascal est, dans les quartiers anglais, aussi proche du statut de légende vivante que ce que ses 24 ans lui permettent. En 2003, à l’aube de la majorité, il invente le « grime », sous-division du rap aux rythmiques imprévisibles et aux sonorités dépouillées ; « Boy in da Corner », album révolutionnaire, brillant, percutant, lui vaut immédiatement le Mercury Prize récompensant le meilleur album anglais de l’année. Dans la foulée il explose les limites du grime, qu’on aurait pu croire condamné à la redite, dans l’explosif « Showtime » avant de prendre un virage plus accessible et relativement old-school dans le très réussi « Maths + English » sur lequel on le voyait collaborer notamment avec Lily Allen et Alex Turner.

C’est avec ce bilan sans faute (et une discographie plus que recommandable) que Dizzee Rascal présente « Tongue N’Cheek » sur lequel il nous annonce vouloir abandonner le grime pour se tourner vers un hip-hop plus pop et électronique ; nouvelle orientation illustrée par les deux principaux invités de l’album : Armand Van Helden et Calvin Harris, qui lui apporteront ses deux premiers numéro 1 des ventes en Angleterre. Van Helden, qui ne nous évoquait plus qu’un vague tube des années 90, embarque Dizzee dans le dévastateur Bonkers, un de ces morceaux qu’on devrait détester mais auquel on ne peut pas résister, une machine tonitruante, rentre-dedans, que les ayatollahs du bon goût et de la finesse écouteront en cachette, un peu honteux.

Dance Wiv Me
, avec Calvin Harris, échoue à trouver le même équilibre et tombe du côté aguicheur, mal dégrossi, suintant de vulgarité et plombé par une attitude de séducteur qui colle fort mal au petit Dizzee. C’est dans ces instants que l’album déçoit le plus, quand Dizzee se veut tombeur ou sensible, comme sur l’ennuyeux Chillin’ Wiv Da Man Dem. Heureusement, il retrouve la plupart du temps sa gouaille, son flow implacable et son attitude aussi nonchalante que critique, en y ajoutant une volonté manifeste de faire danser, en simplifiant son grime et en le mâtinant de dancehall, de techno des années 80 ou d’électro moderne. Mais là où d’habitude le talent de Dizzee nous explose à la figure, on ne le sent plus qu’en filigrane, noyé sous une production souvent trop racoleuse.

La déception est toujours forte quand un artiste qui nous a habitué à l’exceptionnel revient avec un album « seulement » bon ; il ne faut pas oublier pour autant quelques très bons moments, en attendant la prochaine réincarnation d’un jeune homme décidément insaisissable.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Bonkers
  2. Road Rage
  3. Dance Wiv Me - Radio Edit
  4. Freaky Freaky
  5. Can't Tek No More
  6. Chillin' Wiv Da Man Dem
  7. Dirtee Cash
  8. Money, Money
  9. Leisure
  10. Holiday
  11. Bad Behaviour
  12. Dirtee Disco
  13. Nuffin' Long
  14. Marks Outta Ten
  15. Heavy
  16. Doin' It Big
  17. You've Got The Dirtee Love - Live At The Brit Awards / 2010
  18. Brand New Day - Live At BBC Electric Proms 2010
  19. Fix Up Look Sharp - Live At BBC Electric Proms 2010
  20. Bonkers - Doorly Remix

La disco de Dizzee Rascal