Russian roulette EP


Un album de sorti en chez .

Près de dix ans qu’Ed Harcourt est apparu sur le devant de la scène, et quasiment autant qu’on se demande quel statut lui donner. Anglais, mais trop raffiné pour faire de la pop bravache à guitares, trop exigeant pour se complaire dans la grandiloquence racoleuse. Mais aussi trop précieux par moments pour qu’on en fasse […]

Près de dix ans qu’Ed Harcourt est apparu sur le devant de la scène, et quasiment autant qu’on se demande quel statut lui donner. Anglais, mais trop raffiné pour faire de la pop bravache à guitares, trop exigeant pour se complaire dans la grandiloquence racoleuse. Mais aussi trop précieux par moments pour qu’on en fasse un de nos artistes cultes et qu’on le suive fièvreusement sans négligences à chaque nouvelle sortie, trop doué pour qu’il tombe dans l’oubli et ne mérite plus qu’on s’intéresse à lui. 

Alors un EP, distribué principalement en format digital et forcément plus bref donc plus synthétique, en préambule à un nouvel album qui devrait paraître dans l’été, c’est peut-être le bon format pour faire le point sur ce qu’on aime chez lui sans arriver à le chérir totalement. Car malgré son titre, "Russian roulette" n’a rien d’un quitte ou double, d’un disque sur lequel Ed Harcourt opérerait un changement radical. Au contraire, on y retrouve même la marque de fabrique du bonhomme, notamment sur le morceau titre qui ouvre cet EP : écriture au piano, ballade ample qui se révèle petit à petit pour culminer dans un final héroïque, c’est objectivement de la belle ouvrage, et c’est pour cela qu’on l’aime, quand même Ed Harcourt. Sur Sour milk, motheaten silk, c’est une mélodie légère et bien troussée qui mène la danse, et on peut aisément se laisser bercer par cette virtuosité. Mais apparaît également la limite de sa musique : c’est plaisant, plus que ça même, mais on a souvent le sentiment que rien ne peut venir bousculer cet édifice, qu’Ed Harcourt préfère créer un cocon protecteur, pour lui-même et ses auditeurs que se mettre à nu, briser l’armure et provoquer la fulgurance. 

"Russian roulette", dans sa réussite globale, nous promet qu’Ed Harcourt va encore écrire de belles chansons, mais aussi qu’il va poursuivre son bonhomme de chemin et qu’on continuera à le suivre, à distance raisonnable. Toutefois, le temps d’un Black feathers, sur lequel un simple accord de guitare tendu sert de toile de fond à un morceau sur lequel le chant d’Ed Harcourt se fait plus grave, plus intense, on entrevoit ce qu’on aimerait trouver plus souvent chez lui : plus de chair, plus de sang.

Rédacteur en chef