Emily Jane White House Of Wolves Split EP

Split EP


Un album de sorti en chez .

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Un EP partagé pour deux figures du folk américain moderne.

Emily Jane White et Rey Villalobos (alias House Of Wolves), perpétuent une tradition singulière : celle qui veut que des musiciens Américains, à l’univers folk bien ancré dans leur pays d’origine, trouvent paradoxalement plus d’écho chez nous, en France, qu’aux Etats-Unis. Avant eux, c’était déjà le cas pour Jeff Martin, alias Idaho, entre autres. Peut-être parce que leur musique est nimbée d’un raffinement et d’une distance qui évoquent une vision quelque peu fantasmée de l’Amérique plutôt que le versant le plus étriqué et crasse du folk. Toujours est-il qu’on ne s’étonnera pas que ces deux-là, qui se sont rencontrés il y a deux ans à Los Angeles et nourrissaient depuis le projet d’une collaboration, aient trouvé en Discolexique, jeune label français à l’intégrité exemplaire, le vecteur pour faire aboutir ce projet.

La tournée qui a accompagné la parution de ce “Split EP” aura démontré, ou confirmé, s’il en était besoin, qu’Emily Jane White et House Of Wolves étaient faits pour s’entendre et offrir une belle démonstration de complémentarité. Parmi les points communs, il y a chez eux deux une volonté de soigner chaque détail, de faire sonner chaque mot le mieux possible, de ne jamais faire la note de trop sans pour autant s’enfermer dans une musicalité limitée, Rey Villalobos et Emily Jane White passant tous deux de la guitare au piano avec un égal bonheur. En termes de singularité, House Of Wolves se distingue par son timbre discret mais jamais éteint, presque androgyne et ses mélodies et ambiances qui évoquent les grands espaces tout en gardant une part de mystère quand Emily Jane White adopte plus de sophistication et une sensibilité peut-être plus directement poétique, même si on est là dans le ressenti personnel.

Toujours est-il que la rencontre de ces deux univers si proches sans être uniformes donne vie à un bien beau disque. On a ainsi droit à des moments où chacun propose ce qu’il fait le mieux quand House Of Wolves offre Up High And Low, superbe de classicisme dans sa structure avec un petit accord de guitare tout de suite séducteur, des couplets légers et un refrain à l’évidence irrésistible, le tout interprété avec ce brin de fragilité qui décuple la dimension émotionnelle, suivi de Remains II, morceau à la mélodie limpide, plein de solennité mais avec là aussi un chant aux inflexions qui donnent un relief peu commun au tout. Et, bien sûr, c’est aussi le principe du “Split EP”, il y a les moments où les deux univers se croisent. Le sommet du disque est peut-être le moment où Rey Villalobos s’empare du magnifique Keeley d’Emily Jane White pour en livrer une interprétation en équilibre splendide entre retenue et gravité pour magnifier tout le potentiel de beauté et d’émotion du morceau. Juste avant, sur Just Shy Of Survival, signé House Of Wolves, Emily Jane White, sans vampirisme excessif, sur une pluie de notes de piano et une longue plage au synthé, donne toute la profondeur de sa voix. Sans exagérer, on peut affirmer que, plus que le témoignage d’une belle rencontre, ce “Split EP” est un objet rare à garder précieusement, à écouter aujourd’hui comme dans plusieurs années.

Rédacteur en chef

La disco de Emily Jane White / House Of Wolves