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3 ep – Orso Jesenska, Matthieu Malon et Erik Arnaud


Un album de sorti en chez .

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Monopsone, habitué des sorties hors-normes, présente un magnifique triptyque, autour des photographies de Stéphane Merveille, réunissant trois des plus belles lames de la musique indé française.

Poser des mots sur la nouvelle sortie du label Monopsone est une gageure. Parce que c’est un monument. A la fois musical et visuel. A l’image de la dune du Pilat, impressionnante, presque intimidante, et que Stéphane Merveille a photographiée pour illustrer ce triptyque. Une oeuvre qui réunit trois artistes à l’identité forte, aux univers singuliers et magnétiques.  Trois artistes qui offrent à cette occasion des chansons personnelles et s’exercent dans l’art de la reprise.

On retrouve ainsi la beauté tremblante des compositions d’Orso Jesenska. De plus en plus libre face à l’immensité de son talent. La finesse sidérale, la tension mélancolique de ses chansons nous rappellent furieusement Tindersticks, ou encore Giant Sand, OP8 et Thomas Belhom. Il laisse sans doute possible entrevoir des sommets et des chefs d’oeuvres.

On retrouve également Matthieu Malon, son rock catchy qui se fait parfois planant, presque new-wave avec des accents crépusculaires. Raymond Carver aurait sûrement adoré une chanson comme “Dans la chambre d’hôtel”, son intimité âpre qui ne  dissimule rien de ses aspects les plus sordides. L’alchimie du rock et de textes ciselés comme des nouvelles fonctionne parfaitement.

Et enfin Erik Arnaud déroule de son côté sa douceur acide, cette étrangeté mélodique et électrique qui le caractérise. Elle semble trouver ici un nouveau souffle. Un phrasé à la fluidité toujours aussi noire, où l’on découvre mille et un éclats ternis d’un vie scannée au laser. Mais l’on sent une inflexion dans cette expression sans compromis, quelque chose qui enrichie une palette aux couleurs sombres.

Il y a quelque chose d’intriguant, de dérangeant même – dans le bon sens du terme – , dans l’exercice des reprises. Ces dernières sont à cheval entre perfections de la production indépendante et méga-tubes de variétés, indigestes a priori mais qui entre les mains de ces sorciers du son deviennent tout simplement fulgurantes de beauté. On en tire une leçon, quasi mystique, à l’image de l’éternité menacée de la dune du Pilat. Ce que l’on devient, les chemins que l’on emprunte, le parcours d’un artiste sont définitivement un mystère. Personne ne sait, au fond, ce qui traversera le temps et les modes si dangereuses.

Ce triptyque est un très grand disque, parfait symbole de la fragilité et de la solidité mêlées d’un espace naturel luttant pour sa survie. Le travail visuel de Stéphane Merveille prend toute sa dimension, comme une parabole sublime de cette tâche si difficile de faire vivre un art toujours menacé par la brutalité des éléments d’un monde qui ressemble de plus en plus à une tempête.

 

Yan
Chroniqueur

La disco de Erik Arnaud / Matthieu Malon / Orso Jesenska