Prince of truth


Un album de sorti en chez .

Il faut bien le reconnaître, il est difficile d’imaginer qu’il existe des gens qui écoutent les disques de Carla Bozulich ou Evangelista, son groupe, en boucle, et qui attendent fébrilement la sortie d’un nouvel album, tant ils contiennent d’éléments dissonants, de cris et tout ce qui peut évoquer la souffrance en général, jusqu’à avoir raison […]

Il faut bien le reconnaître, il est difficile d’imaginer qu’il existe des gens qui écoutent les disques de Carla Bozulich ou Evangelista, son groupe, en boucle, et qui attendent fébrilement la sortie d’un nouvel album, tant ils contiennent d’éléments dissonants, de cris et tout ce qui peut évoquer la souffrance en général, jusqu’à avoir raison de l’auditeur, même déterminé. Toutefois, sur "Hello voyager", sorti il y a deux ans, une fois triés les morceaux les plus ouvertement, et il faut bien le dire, ostentatoirement et vainement morbides, on obtenait quelques moments véritablement "musicaux", parfois mélodiques, d’autres fois plus radicaux, mais porteurs d’une vraie puissance naturelle. 

Et comme la ténacité est souvent récompensée, "Prince of truth", le nouvel opus, s’annonce enfin comme un disque qu’il est possible d’écouter de bout en bout,  auquel il est possible de revenir. D’abord parce qu’Evangelista devient un véritable groupe. Là où un collectif avait été formé pour entourer Carla Bozulich, on a maintenant un ensemble dans lequel chacun a cherché et trouvé sa place, fait entendre sa partition, au sens propre. Et ce groupe est à l’aise dans diverses ambiances. Confirmant le virage à demi-négocié par "Hello voyager", plusieurs morceaux sont de longues ballades, certes souvent hantées, mais où viennent se nicher un orgue, une guitare apaisée, de délicates cymbales, un piano (oui, un piano !) pour servir d’écrin à la voix cyanurée de Carla Bozulich qui, enfin, nous touche droit au cœur et à l’âme (I lay there in front of me covered in ice ). Un groupe capable de mettre les cordes en avant et d’aller voguer du côté de contrées orientales ( Iris didn’t spell). 

Mais aussi un groupe terriblement redoutable et efficace lorsqu’il s’agit d’habiller les colères de Carla Bozulich. En mid tempo grondant, presque tribal sur The slayer, toutes guitares rugissantes et au bord de la rupture sur le fantastique You are jaguar, splendide condensé d’énergie. Alors enfin, la personnalité de Carla Bozulich peut s’exprimer pleinement, sa présence derrière le micro, sa rage par moments, sa sensibilité brute à d’autres, qui rappelle souvent Patti Smith, prend une toute autre dimension. Evangelista ne fera sans doute jamais de disques faciles, mais voilà au moins un album abouti, réussi dans son exigence. Alors celui-là, on se le garde.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. The Slayer
  2. Tremble Dragonfly
  3. I Lay There In Front Of Me Covered In Ice
  4. You Are Jaguar
  5. Iris Didn't Spell
  6. Crack Teeth
  7. On The Captain's Side

La disco de Evangelista