pochette foals

What Went Down


Un album de sorti en chez .

7

Foals, c’est une ancienne belle histoire d’amour. On sait pourquoi on les a aimés, on les a toujours un peu dans la peau, mais on n’est pas toujours sûrs de comprendre ou de valider leurs choix.

Les cinq d’Oxford continuent d’opérer leur mue, avec la sortie de leur quatrième album, « What Went Down ».

Après un tout premier opus rageur, nerveux, rebelle, exalté et exaltant, colérique, angoissé et habité par le doute et les questionnements permanents qui hantent le leader du groupe Yannis Philippakis, le groupe avait signé “Total Life Forever”, bijou musical absolu.

Leur troisième album, “Holy Fire”, avait propulsé les anglais sur le devant de la scène musicale internationale, notamment grâce au tube My Numbers.

En regardant de plus près le chemin parcouru par la formation d’Oxford, chaque album a marqué une progression vers un âge plus adulte, vers des styles plus affirmés, une voix plus présente, des compositions plus lourdes, plus produites, plus faciles peut-être aussi.

D’une formation jeune, relativement spontanée, instinctive et peu sûre d’elle, les Foals sont devenus une entité confiante et assurée, davantage dans le contrôle, avec moins d’aspérités et une stature plus imposante.

Et c’est peut-être là où le bât blesse un peu. En tous cas pour les fans de la première heure.

Ce qui se dégage de cet album est un sentiment général de légère déception et le rapport y est ambigü. « What Went Down » est un album inégal, avec des éclairs de génie, des morceaux phénoménaux mais des arrangements qui frisent parfois le WTF, dont on se serait aisément passé. Un véritable paradoxe, en somme.

Le groupe semble désormais coincé entre les compositions redoutablement efficaces et des procédés musicaux pas toujours jolis jolis mais surtout beaucoup trop faciles pour un groupe que l’on sait doué, perfectionniste et exigeant.

Ce paradoxe s’affiche et se déroule tout au long de « What Went Down » qui alterne hymnes rock et bruts taillés dans la pierre (What Went Down, Snake Oil…) et compositions trop pop et bâclées (Mountain At My Gate, Lonely Hunter). Cette dualité est difficile à gérer, à digérer, sinon totalement révoltante. On ne peut s’empêcher de se demander pourquoi, pour qui surtout.

Mais le paradoxe va encore plus loin et c’est la grande force de Foals.

Malgré ces quelques loupés, Foals réussit malgré tout à produire un album efficace. Philippakis et consors parviennent souvent à nous faire planer, monter dans les tours, en redescendre, à faire fourmiller nos jambes, et à nous ramener dans leurs bras avec des envolées et des coups de génie musicaux dont eux seuls ont le secret.

Malgré cette dualité, cette antinomie véritable, le rouleau compresseur Foals avance et on se plait à fantasmer du résultat sur scène, à la dimension monstrueuse et délirante que pourront prendre les meilleures compositions. Car on le sait,  les Foals sont de véritables bêtes de scène. Les concerts sont tendus, chauds, transpirants et totalement dantesques, emmenés par un Yannis Philippakis survolté qui se donne sans limite à son public.

Gageons que Philippakis et sa bande ne sauront conserver que la substantifique moelle de cet album, comme Albatross, Birch Tree, Night Swimmers et le superbe London Thunder pour leur donner vie, une vraie vie à eux, la vie de scène qu’ils méritent.

Pour les faire exploser et faire tambouriner notre cœur, nous faire transpirer, nous rappeler quel groupe ils sont, nous faire espérer qu’ils n’ont pas tant changé et qu’ils reviendront peut-être à ce qui nous a fait les aimer, les désirer et vouloir les posséder tout entiers.

Alors voilà. Les comptes avec Foals ne sont clairement pas réglés, l’histoire n’est pas encore finie. On sait quel est leur potentiel, et on espère qu’ils accepteront de tout nous redonner un jour, une nouvelle fois, à l’occasion d’un nouvel album. On a envie de leur pardonner, parce qu’on a encore envie d’eux.

Chroniqueur

La disco de Foals