Allelujah ! Don’t bend ! Ascend !


Un album de sorti en chez .

9

Voilà, un peu plus d’un an et demi après être remonté sur scène, Godspeed apporte une nouvelle pierre à sa trajectoire avec la publication de ce nouvel album. Trajectoire plutôt que retour car, finalement, rien ne s’est jamais arrêté pour le collectif canadien, qui avait simplement décidé que, dans un monde devenu parano où même […]

Voilà, un peu plus d’un an et demi après être remonté sur scène, Godspeed apporte une nouvelle pierre à sa trajectoire avec la publication de ce nouvel album. Trajectoire plutôt que retour car, finalement, rien ne s’est jamais arrêté pour le collectif canadien, qui avait simplement décidé que, dans un monde devenu parano où même des musiciens qui critiquaient le système de pensée dominant pouvaient se voir soupçonner de terrorisme, mieux valait se mettre en jachère. Aujourd’hui que le même système s’est effondré sur lui-même et que faire entendre sa différence est devenu un acte de citoyenneté, Godspeed retrouve donc toute sa place. En filigrane, ce sont les remous du “printemps érable”, le mouvement de protestation contre le projet de hausse exorbitante des droits d’inscription en faculté au Québec qui anime “Allelujah ! Don’t bend ! Ascend ! “.

Encore une fois, pas question donc de faire un album type “dix ans après”, seul le présent intéresse le collectif. Deux longues plages de vingt minutes, deux “drones” de sept minutes, dont l’ordre “suggéré” d’écoute nous est donné à l’intérieur de la jaquette du vinyle, voilà pour la forme. Sur le fond, l’heure est à l’urgence et à la colère, à la limite de la fureur, même. Sur Mladic, les casseroles sur lesquelles tapaient les manifestants de Montreal donnent le tempo, d’entrée, les guitares sont tendues, discordantes et plaintives comme un chant de baleines, puis la batterie d’Aidan Girt sonne la charge, le morceau enfle, encore et encore, les guitares grondent et dévastent absolument tout sur leur passage, les motifs mélodiques se répètent en boucle, jusqu’à la frénésie, tels des derviches, le violon de Sophie Trudeau se mêle à la danse, nous offre à peine une éclaircie, d’une beauté pourtant saisissante, mais très vite, de nouveaux riffs implacables et lourds nous poussent de nouveau en avant. En vingt minutes, le collectif vient de nous asséner une série de coups au plexus dont on va avoir du mal à se remettre. Their helicopters’sing, le premier drone, est donc presque une respiration, sans laisser retomber la tension. Certes, on a là le versant le plus expérimental de Godspeed, et donc le plus difficile à appréhender, mais encore une fois, c’est le pouvoir évocateur d’une musique sans paroles qui lui donne toute sa pertinence.

Sur We drift like worried fire, on change un peu d’angle, et le début du morceau nous rappelle qu’en ouverture des concerts du collectif, le mot “hope” vacille sur l’écran en fond de scène. Fragile, mais bien présent. C’est donc un long thème mélodique aéré, mené par le violon, qui anime ce morceau, émaillé de scories de guitare qui ne laissent jamais retomber l’ensemble édifié. Au contraire, encore une fois, la structure est celle d’un mouvement vers l’avant qui nous fait passer par toutes sortes d’émotions : c’est beau, tragique, parfois inquiétant, ça rend fort, aussi. C’est tout cela qui nous anime, et Strung like lights at thee printemps erable” nous permet de prolonger encore toutes ces réflexions, de puiser encore dans la force de cet album et de ce collectif indispensable, à la place totalement unique, parfois imité, jamais égalé. “Fuck le plan nord, fuck la loi 78, Montreal right now forever”, c’est le dernier message adressé en bas des notes de pochette. Chacun cherchera de quoi il retourne pour approfondir sa compréhension de ce disque fondamental. Godspeed forever, sera le dernier message de cette chronique.

Rédacteur en chef